Santé et bien-être, Simplement, Voyages

16 mai 2017

Suave langueur
Entre les fenêtres montrant les moutons innombrables me tournant le dos
Retour d’une mélancolie légère
Après l’éveil de la chair enfin ébranlée par les rayons qui font mûrir la peau
Temps funambule
Ce sont les instants bénis sous le visage encore chaud
Appel sans nostalgie
Toute la lumière des années fondant sur l’humeur de mes eaux
Souvenirs fantastiques
Larges bleus obsédants
Glissant des fonds secrets de mon enfance caressant les jeunes roseaux
Clarté élémentaire qui se donne
Manifeste corps immensément peuplé dans lequel exister le temps d’un envol de corbeau
Muette symphonie
Avant les signes du soir toucher du bord des lèvres au calice d’un lis d’eau
Sentiment pathétique
Pour m’animer encore scintillent de lits de rivières de larmes d’hommes les vibrants tableaux
Désir de l’essence des autres
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17 avril 2017

À l’aube de ton corps
Si les courbes parallèles
Qu’un ventelet
Soulève

Comme des flaques de nuit
Miroitent encore
De météores
Et sèchent doucement

Un rêve obscurément
Incarnat prend cors
Et crie dehors
L’éclat des cuivres sans bruit

À l’aube de ton corps
S’éveillent tous les reflets
Et à fleur d’elles
Se lèvent.

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28 février 2017

Comme naguère
Marchant entre les blés nouvellement semés
Nous avons pris le chemin aux poules
Non loin des creux où bayent canes et canards ;
Mais les poules n’étaient plus là comme naguère ;
Nous rapprochant
Des grands arbres que nous avions tant admirés
Nous surprîmes dans une lumière grise,
Écrêtés, leurs fûts ceints de lianes encor
Et je criai l’amertume nous rapprochant.
Péniblement
Tu me dis, avisant les plantes subsistantes,
Qu’aux troncs elles ne survivraient guère :
L’une par l’autre et l’un pour l’autre vit et meurt.
J’acquiesçai ; nous nous en fumes péniblement.
Comme jadis
Nous craignions d’oublier le son de nos voix
Mais chacun souffrant dans sa chair mue
Nous allions taciturnes, fâchés sans raison
Et nous ne portions plus l’ombrage de jadis.

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20 février 2017

Quelqu’un a eu le cran qui seyait. C’est ainsi (arbitrairement, je préfère la thèse de la volonté) que j’ai désobscurci l’annonce d’accident grave voyageur qui m’a fait invoquer l’esprit des connecteurs logiques perdu qui niche dans chaque alliance métallique et perdre une heure à travers les brises souterraines. Ce soir le ballast était neuf, blanc comme la craie par endroits (peut-être utilise-t-on, qu’en sais-je, une espèce de craie pour éponger les dernières traces de fluides organiques et de produits de « nettoyage »). Point de honte pour cette curiosité dite malsaine qui attire les yeux partout où pourrait subsister une trace sans équivoque du drame de cet après-midi. Peine perdue de toute façon. Je marche vers le bord du quai et mon reflet vibrant, passe dans un erre-hère fou qui ne sait plus très bien où il va, tout ébranlé sans doute de la terrible aventure arrivée à son semblable, puis assise là comme à bord d’un cauchemar j’observe entre les stridences et les clignotements obsessionnels dodeliner la tête des voyageurs ici et dans le reflet des vitres, grosse chose imbue sur son corps épouvantail qui se croit le centre du monde qu’elle enclot, grosse chose instable qu’un souffle, un seul souffle suffit à faire envoler.

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Simplement, Voyages

21 janvier 2017 – Fluides

Un couple, un arrangement mouvant.
Vu de dos uniquement : la femme à gauche, noire, l’homme, panaché, grand, fin, jeune, à droite.
Une mère et son fils ? Des amoureux ?
La femme, collants noirs sur des mollets notoires et presque pointus, très présents, a le poignet droit passé sous le bras gauche de l’homme, de la capuche, dont la bordure est discernable et fourrée, aux genoux presque avalé par une longue parka caca d’oie à queue ovale et fendue.
La nuque de la femme est noyée dans un vaste foulard aux motifs noirs et blancs, mais du manteau sans coupe, noir, texturé, qui lui descend plus bas que le genou saille immanquablement le haut-relief de son postérieur, qui, fait remarquable, paraît appartenir à une réalité plus proche que le reste de la silhouette.
Soutenant le bloc de la parka masculine, les deux bâtons d’un pantalon roide un peu froissé s’ouvrent avec dérision au-dessus de la chaussure sur un intervalle de peau trop large eu égard au froid et au crachin neigeux : deux pâles chevilles grêles ; la droite est tatouée.
Le double objet de cette description ne constitue pas seul un sujet d’émerveillement, mais son mouvement ou, plus exactement, l’ensemble des mouvements induits par sa locomotion.
Lui, à droite, presque mécanique : son allure très raide avec un drôle de roulis m’évoque l’ange de terre cuite des crèches de mon enfance qui, derrière la grille de chapelles rudes, froides et brillantes d’un gothique attardé, hochait, lorsqu’on lui adressait quelque obole tintinnabulante, gravement de la tête dans un las et fascinant oui, oui, oui, oui où l’on lisait merci, merci sur les lèvres éternellement serrées.
Elle, à gauche, davantage charnelle, animale, glisse, balance et dandine de gauche à droite, de haut en bas en haut et retour, elle tangue et virevolte mais trop exagérément pour créer, seule, une harmonie indépendante ; pendant à celle de son rugueux accompagnateur, l’image est venue plus tard et plus sûrement : celle, noire comme on est blanche, d’une oie insoucieuse, oiseau marchant sur terre, inélégant hors d’un des deux éléments où il est le plus à son aise et qui, cependant qu’il n’est ni en vol, ni à la nage, emprunte à l’un et à l’autre.
Dans un froid à tout figer, quelques secondes de grâce se font sur ce trottoir sale d’une rue quelconque, dans une ville trop bien quadrillée ; tout s’imbrique et les deux marcheurs ne font plus que les atomes d’un seul mouvement, animés par une électricité bizarre et indolente, seule preuve de vie, une danse, une circulation.
Je les dépasse et tourne mine de rien la tête, pour apercevoir dans les cheveux blonds le baiser clair et maladroit des deux adulescents.

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