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15 octobre 2019 – Occultation

Un bar mouvant son grand corps profond sous l’azur ondoyant qu’un jour clair irriguait d’un blanc lacis d’où tombait un halo divin, un loup colossal dorait tout d’indistincts rais d’or ; mais nul Caïn naval, sous-marin ou mari morgan n’y croisait pour voir ni saisir tout l’attrait du diorama ; or un cumulus survint, puis un strato-cumulus grisa l’album au vivant joyau. Alors il sombra, piqua, disparut ainsi loin du chalut : pas vu, pas pris. Là-haut, un marin distrait fixait l’horizon blanc qui montrait puis tour à tour cachait trois mâts gris-brun, à l’aura blond doux sur un fond turquin. Pas d’alarmant brouillard à franchir tantôt. Couru par Apollon qui dardait sur lui tout son brûlant courroux d’amour, l’imposant gaillard sur son court barquot mâchait, montrant croc flamboyant, un sandwich aussi dur qu’un roc. Dans son bocal, tout au fond, gisait un cornichon saur, ainsi qu’un oignon chagrin. La collation d’avant midi prit fin à l’instant où s’annonçait un crachin jaloux.

 

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3 octobre 2019

Il y avait dans ce grand soir humble et tranquille
Une étincelle, un feu invisible et luisant
Qui attirait vers lui les globules d’argent
Flottant dans les hauteurs où la nuit se défile ;

Il y avait dans l’alternance des humeurs,
– Qui allumait et rejetait dans le sommeil
Sur les froides joues l’aube aride de soleil –
Une constante alerte, un bandage du cœur ;

Les brises ravageaient la ténèbre immobile
Où croissaient les torpeurs et dormaient les géants,
Tandis qu’un feu de tourbe engouffrait en fumant
Les souvenirs du jour et des cris de la ville ;

La gorge pourtant roide et serrée de douleur
Semblait abandonnée à la paix de l’instant
Et les cils obscurcissaient des yeux trop ardents
– On écoutait rôder les lévriers hurleurs.

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SA 31 août 2019

La nuit bourdonne autour des talons
Dans les hivers de l’été on s’émeut à tâtons

Quand le temps éblouissant sur soi se penche
On prend racine on prend son cœur sur les hanches

Là où fuient les alouettes on se cogne aux coins
Les regards flous se fondent avec grands soins

Comme on déplie un vieux chapeau sur la commode.
Cela fait des collines qui s’érodent

La peau est douce et la poussière
Vous fait dire on est bien seul sur terre

 

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Samedi 3 août 2019 – Mémoire nasale

Avez-vous entendu parler de l’anosmie ? Voici cinq ou six ans, alors que je regardais distraitement par la fenêtre d’un manoir ancien, une chose que j’ai oubliée depuis attira mon attention et je me penchai pour approcher mon visage de la vitre, le mur étant profond et son ouverture, évasée. Je crois que je poussai un cri : je venais de heurter à toute vitesse le premier vitrage, installé du côté intérieur, que je n’avais pas vu (ou dont j’avais momentanément oublié l’existence). Une douleur fulgurante remontait de mon nez à mes sinus ; ma vue cessa plusieurs secondes. Lorsqu’elle me revint, avec mes esprits, je me frottai l’appendice avec inquiétude, et constater son intégrité comme celle de la vitre me rassura.

À la suite de cet incident, la douleur me quitta en quelques heures et je n’y pensai plus. Il fallut plusieurs jours pour me rendre à l’évidence : je n’odorais plus rien. Un peu comme lorsque le rhume vous prend le nez, à la différence que ma respiration était parfaite, quelques informations manquantes me mirent la puce à l’oreille. Incapable de sentir ma propre transpiration ou les fumets de cuisine, ne découvrant le vomi de la chatte qu’après plusieurs heures, je restais impassible aux essences les plus fortes et aux parfums les plus entêtants et même la fumée de cigarette ne me gênait qu’au moment où je commençais à tousser. On me traitait avec impatience, ne me croyant pas toujours, car j’étais bien en peine de déterminer la provenance de telle nuisance olfactive que je ne percevais pas. J’en aurais parfois pleuré de frustration. La flaveur des aliments me parvenait comme étouffée, blanchie ; je dus faire débauche de sel à cette époque.

Un jour que je marchais à travers les rues – de longs mois s’étaient écoulés –, quelque soupçon métallique s’insinua dans ma narine et puis quelque chose dut cliqueter parmi mes pensées occupées ailleurs : ma première odeur. Un peu plus loin, une mixture olfactive me traversa comme une vague ; et le reflux m’emporta à douze ans de là, dans une boutique de Leipzig où je n’avais mis les pieds qu’une seule fois et à laquelle je n’avais jamais repensé. Les jours qui suivirent me ballotèrent d’époque en époque, des souvenirs les plus anecdotiques au plus significatifs, des impressions les plus pittoresques aux émotions les plus vives. Je crus revivre ; je m’imprégnais de tout, et tout me parlait, l’écharpe en laine mouillée et le déodorant vulgaire d’un passant, les pommes et salades avancées mêlées au vinaigre et à l’eau de javel d’un marché, l’urine séchant entre les pavés, les feuilles tendres des arbres après la pluie, le café que l’on torréfiait et le caramel chaud, la caissière enrhumée, le clochard aviné et son chien au poil détrempé, le liquide utilisé pour nettoyer les vitrines, l’encens et la cire, les relents de beurre noir et de sauce Sichuan, la poussière au soleil, le bois vermoulu, les voitures neuves et moins neuves, le carburant brûlé et les stations-essence, le café-chicorée du matin et le pain frais ou grillé.

Et le monde des odeurs se ferma de nouveau.

Aujourd’hui mon odorat est inconstant, il peut s’absenter plusieurs semaines et être plusieurs mois au beau fixe. Alors j’en profite, consciemment ou non, utilitairement ou esthétiquement. Ne me jugez pas durement si je fais brûler des casseroles ou si mes chaussures puent. Peut-être suis-je cette personne à côté de vous dans le train, supportant étonnamment bien les horribles gloubi-boulgas où dissonnent parfums, crèmes, maquillage, déodorants, laque, frites, sodas, couches pleines, cheveux, sueur piquante et sueur rance, sang séché, glaires, textiles, plastique, métal, terre, crottes de chien, pétrole et produits d’entretien. Ces jours-là je ne m’en plains pas. Mais en sortant vous pourrez humer les marronniers d’avril ou les marrons grillés de décembre, voyager pour rien dans vos espaces intérieurs, en toute inconscience de cette capacité innée, et je vous envie un peu.

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Vendredi 2 août 2019 – Tentative de traduction

Texte original :

Als wir in den Leib der Erde drangen
schieden wir nicht mehr die Nacht von Tag.
Wir gruben uns in Frost und Felsen
um uns ein Heer von Blitzen lag.

Keine Stimmen kamen mehr von draußen
schweigend fuhrn wir durch erstarrtes Glas.
Smaragde traten aus Gestein
in Höhlen voller blauem Gas.

Uns trieb die Sehnsucht uns trieb nicht Ruhm und Geld.
Uns trieb die Sehnsucht zum Mittelpunkt der Welt.

Stürme packten uns so wie Magneten
mancher Freund verlor schon Kraft und Mut.
Vielleicht im Fluß der Zeit versunken
schwamm unser Schiff in Feuerglut.

Uns trieb die Sehnsucht uns trieb nicht Ruhm und Geld.
Uns trieb die Sehnsucht zum Mittelpunkt der Welt.

(Reise zum Mittelpunkt der Erde, Wolfgang Tilgner)

Traduction :

Alors que nous pénétrions dans le ventre du monde,
Nous ne distinguâmes plus la nuit du jour.
Nous nous enterrions dans le gel et le roc ;
Autour de nous s’étendait une armée d’éclairs.

Plus une voix ne parvenait du dehors ;
Muets, nous passâmes parmi le verre figé.
Des émeraudes émergeaient de la roche
Dans des cavernes emplies d’un gaz bleu.

Nous étions mûs par la fièvre, non par la gloire ni l’argent.
Nous étions mûs par la fièvre vers le centre de la Terre.

Des orages nous subjuguèrent tels des aimants
Si bien que force et courage faillirent bientôt à maint ami.
Peut-être, englouti par les flots du temps,
Notre bâtiment fit-il route sur le brasier ardent.

Nous étions mûs par la fièvre, non par la gloire ni l’argent.
Nous étions mûs par la fièvre vers le centre de la Terre.

(Voyage au centre de la Terre, Puhdys, traduction d’Ove Madn)

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