Voyages

24 février 2010

La femme désolée comme la lande grise,
Assise sous le vent, ne voit pas les étoiles;
Courbée au bord du ru, elle amène la toile
Déployée au courant d’une triste chemise.
Absorbée par l’ouvrage, elle ne parle pas;
Mais son corps douloureux oscille, un peu crispé;
Elle fredonne une très vieille mélopée
Pour ceux qui ne reviendront jamais sur leurs pas.
La femme contenue comme la lande ardente
Arpente en ses pensées d’autres lieux, elle, encore,
Qui n’a jamais vu Rome et ne croit plus l’aurore;
Mais, lasse, elle poursuit sa tâche débordante.
Et ses mains vont et viennent, ainsi que l’eau amère,
Savonnant et battant le linge et les affronts
Ainsi, le tout dernier toucher que sentiront
Ces gens sera l’empreinte des mains d’une mère.
La femme dévastée comme la lande nue
Est fluette; elle a de grands yeux de chat-huant;
Son ventre flasque est mort. Y était-ce un bruant,
ou un enfant des fées ? Sa mémoire est ténue.
Elle est morte en travail, et n’a pu l’élever;
Une nuit lui reviendra son trousseau final,
Et quitteront ensemble la lande hivernale
La mère et, dans les bras, son enfant retrouvé.
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22 janvier 00:33

 
Il vous lance dans le ventre, jusqu’au coin des yeux: un mot, juste un ; et vous croyiez alors y être devenus indifférents, être immunisés contre sa morsure, mais comment savoir ?… et puis les démons ne dorment jamais vraiment. Celui-là s’est réveillé, il s’est frayé un passage avec une facilité étonnante et le voici qui vous taquine, le répète en sourdine afin qu’il résonne sous le plus infime vos gestes, qu’il teinte et glace jusqu’à votre souffle – et vous vous mettez à douter – comme c’est douloureux ! Vous ne pourrez être sûrs avant longtemps, l’acide fait effet. Mais au fond vous savez ! qu’il fallait faire tomber de l’écorce, qu’il fallait que vous vous déterrâtes un tant soit peu, pour pouvoir apercevoir le soleil. Vous savez que pour construire une bâtisse qui soit solide, il faut bien prendre le temps de vérifier la verticalité de chaque mur, et que vous ne pouviez vous occuper de chaque côté en même temps. La brèche qui s’est ouverte et le démon qui en est remonté vous donneront l’occasion d’une mise à jour de vos fondations. Peut-être vous rendrez-vous compte qu’il y manquait quelque chose d’essentiel. Vous ne remettrez pas tout en cause, vous sachant novice. La douleur se rétractera devant la belle chaleur du soleil, et lui vous fournira la force de continuer votre œuvre. À chaque jour suffit sa peine, avez-vous lu – entendu ? – quelque part, ailleurs… Celle-ci mourra avant le jour, n’est-ce pas ? Puis qu’à défaut de l’avoir créé, vous êtes en train de le dompter. Vous prendrez le temps qu’il faudra. Il pourrait alors paraître que vous êtes capable de tellement mieux – ou que vous le seriez devenus.
 
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Plaisir Coupable (10 mars 2007)

 
Quand je le vois, quelque chose vibre en moi. Il est posé là, nonchalamment, simplement à m’attendre. Je sais que c’est lui que je cherche, que c’est lui que je veux. Le désir me prend. Ma main se pose sur lui, un peu tremblante. Son corps est carré, et pourtant arrondi sous mes doigts. Il s’élève lentement jusqu’à ma hauteur. Je le déshabille avec avidité ; ma peau épouse sa peau lisse et un peu moite. Je frissonne. Il touche mes lèvres qui s’entrouvrent ; son baiser délicieux me fait fermer les yeux, tandis que ma langue le fouille. Tout s’accélère, le voici qui entre en moi, emplissant mon ventre d’une sensation violemment merveilleuse – mais éphémère, et quand tout s’arrête, je me dis que tout s’est passé trop vite. Qu’importe, la nuit est à moi ; pourquoi ne pas recommencer ? Je l’aime tant, il est toujours le même, et toujours différent. Pour le moment nous sommes seuls, rien que lui et moi. Il est mon plaisir et ma passion.
Oh ! le chocolat.
 
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