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11 février 2013

À cette heure en hiver l’air fuit entre les vagues

D’écume sombre au ciel qu’iris exacerbés

Je côtoie flamboyant ; dans l’ombre de Phébé

Infinissent mes pas, je rêve, j’extravague ;

Foulant le sol mouillé du soir qui le surplombe

Il est temps de se perdre ou de se retrouver

Quand la mélancolie de cette heure enivrée

Que les mille couleurs sourdes ceignent m’aplombe,

Que ces rouges, ces verts, partout où je divague

S’épandent de seconde en secondes flambées,

Cramoisies, émeraudes, entant mes enjambées

Le long d’une huile ondine aux coups de brosse vagues.

À ma droite un ressac ténébreux s’emmoutonne,

Dont les crêtes rapides à toutes les questions

Du monde offrent, butées, même résolution,

Et toujours infailli le chien noir papillonne ;

Mais je marche déjà à la droite du loup.

C’est l’heure où certaine lame de fond du ciel,

Ailleurs raclant la plaine, ici roide de sel

S’élance, pas léger, et reprend son alloux ;

L’heure éperdue où elle trône, aveugle gloutonne

Prête à se laisser choir comme d’inattention

Et à se livrer, cannibale rédemption,

Nuit – prétendue puisque c’est le nom qu’on lui donne.

La digue s’évanouit ; les grands arbres s’élaguent

Ce pays où l’œil voit loin se prend à bomber

Et pourtant tout est bien, à défaut, absorbé

Par l’antique sauvagerie neuve qui vague,

Remontée superbe de la mer catacombe

Entraînant avec elle la braise ravivée

Et les aimés absents, les vivants enlevés

Baignant dans le sourire obscur qui leur incombe ;

L’éclat d’un phare approche – un vélo qui zigzague…

Pas même : un feu follet, qui s’en va tituber

Plus loin ; on ne peut vivre qu’à la dérobée

Cet heur – puis un cargo, qui glisse au nord du vague.

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21 novembre 2010

Novembre ; je suis en exil. Novembre est-il partout le même ? Je le crains, oh ! oui, je le reconnais bien, il me délivre ici la même hypocrisie, mensonge latin d’une gestation qui arrive à son terme… onzième mois. L’enfant est-il né – quel enfant ? Je le crois, septembre m’offrit le voyage et la bohème, et la nouveauté à l’envi. Il y avait cette foule d’arbres, et les lumières sur le fleuve, dont je pensais pouvoir subsister… l’automne vint.  D’arbres il reste ces silhouettes décharnées – quelques copeaux rouges sang s’y balancent encore tristement – trop disséminées, on voit au travers. Et toute cette eau, prétendument sauvage, toujours je la vois – trop fade bien que jamais la même – couler dans le même sens, toujours, et je m’y jetterais bien pour retrouver l’immensité salée vers laquelle elle fuit sans relâche. Novembre, je te connais bien, ta noirceur terrible, je la supporte dans le souffle de la multitude des cadavres de feuilles qui tourbillonnent, dans la force des essences décennaires qui ont essuyé d’autres tempêtes et que je vais voir debout année après année, dans la familiarité des chemins inconnus qui partagent pourtant ce même passé péninsulaire ; je l’accepte dans l’odeur de goémon des vieilles criques, dans la splendeur des orages qui remuent la majesté de liquides démesures, dans le mugissement des vents – mot euphémique – qui recèle des rires salés d’amphibiennes, des cavalcades d’esprits cornus, des chants et déchants tintinnabulants d’enfants de la nuit. Mais ici ? De nuit comme de jour elle suinte dans l’obscure inhospitalité d’un environnement indéchiffrable ; tu la laisses dégoutter dans le vide de mon entendement, sans qu’aucun vent ne la balaye ni qu’aucune pluie ne la lave, et elle se répand sur les derniers miroitements chaleureux, assombrissant tout de ce qui m’est déjà étranger. Novembre : l’antique épreuve prend un visage déconcertant. Comment traverser ce mois de ténèbres, et ses rets aveugles qui m’enserrent ; oh, noire mélancolie, faut-il que tu t’imprègnes de nostalgie ? J’erre entre mes murs, car je crains maintenant la morsure d’un froid purulent. Miel et épices sont à peine assez pour mon corps ; comment nourrir mon âme ? J’ai bien tenté, en arpentant les rues et les chemins mal aplanis, en visitant l’ancienne forteresse et l’histoire de ces lieux, de trouver la lumière intérieure de cette région au charme énigmatique. Seules me répondent des angoisses anciennes. Mes yeux fermés voient des forêts aux odeurs de sous-bois puissantes, craquetant de branches et de pas étouffés, et des vagues immenses portant avec fracas la violence pure et souple crêtée d’une écume chuchotante, lames de sel toujours plus grandes, jusqu’à la déferlante. Mes yeux ouverts, remplis d’absences, souffrent de tendresses enfouies pour des gens et des lieux qui ne sont plus à ma vie. Affreux novembre, affreux, cette terre trop lointaine altère tes ruses et les fait insondables. Ailleurs, le mois est noir, autour de mes paupières recloses.

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30 novembre

À l’ami qui m’a pourvue du premier vers.
Que la nuit calme et pure apaise ton esprit
Et que le chant des flots d’étoiles souveraines
Te conte les pirates et les vertes sirènes
Qui naviguent en des eaux où un rêve insurpris
Étale ses couleurs, ses camaïeus de gris
Sans retenue, sans fin, sans l’ombre d’une gêne
Et se laisse glisser aux vagues qui l’amènent,
Et l’écume des nuits, où la grève est un ris.

– 

Paisible et lumineux au-delà des nuages,
Ainsi va le dormeur, heureux, dont la marée
Emporte la nacelle où le songe la grée.
L’esquif ainsi pourvu peut affronter des âges
Les grains et les mers d’huile; un monde se recrée
Jusqu’au havre de l’aube, dont voici l’orée.
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10 septembre 2006

Je vis, je parle, je ris ;
Mon nom est gravé à la crête des vagues
Inscrit dans le creux des vents
J’ai un nom, j’ai deux noms, j’ai mille noms et plus encore
Je pleure, je crie, je meurs ;
Mon nom est martelé sur la brume
Au fer rouge sur la pierre
J’ai un nom, j’ai deux noms, j’ai cent noms et plus encore
Je pense, je rêve, je danse ;
Mon nom est tracé au bord de la dune
Calligraphié dans l’eau vive
J’ai un nom, j’ai deux noms, j’ai dix noms et plus encore
Je chante, je vole, je hante ;
Mon nom est imprimé au bout des flammes
Murmuré au cœur de la terre
J’ai un nom, j’ai deux noms, j’ai volé son nom à la mort.
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