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War es dir, dem diese Lippen bebten – Tieck (Était-ce pour toi que frémirent ces lèvres)

Essai de traduction-adaptation :

 

Était-ce pour toi que frémirent ces lèvres,
Pour toi, le doux baiser offert ?
Une vie mortelle procurerait donc un tel plaisir ?
Ah ! quelle clarté, quel éclat flottaient devant mes yeux ;
Que mes sens étaient tous suspendus à ces lèvres !

 

Le regard des yeux clairs
Était habité d’une fièvre qui tendrement m’interpella ;
Tout se remit à tinter en mon cœur,
Mon œil chavira
Et les airs retentirent de chants d’amour.

 

Couple d’étoiles,
Les yeux brillaient et les joues
Agitaient les cheveux blonds ;
Regard et sourire étendirent
L’aile et les douces paroles
Éveillèrent le plus puissant des désirs :
Ô baiser ! comme était ardent le rouge de ta bouche !
Et je mourus, ne prenant vie enfin que dans la plus belle des morts.

Par Ove Madn

Et voici le (beau) poème original :

War es dir, dem diese Lippen bebten,
Dir der dargebotne süße Kuß?
Gibt ein irdisch Leben so Genuß?
Ha! wie Licht und Glanz vor meinen Augen schwebten,
Alle Sinne nach den Lippen strebten!

In den klaren Augen blickte
Sehnsucht, die mir zärtlich winkte,
Alles klang im Herzen wieder,
Meine Blicke sanken nieder,
Und die Lüfte tönten Liebeslieder.

Wie ein Sternenpaar
Glänzten die Augen, die Wangen
Wiegten das goldene Haar,
Blick und Lächeln schwangen
Flügel, und die süßen Worte gar
Weckten das tiefste Verlangen;
O Kuß, wie war dein Mund so brennend rot!
Da starb ich, fand ein Leben erst im schönsten Tod.

Johann Ludwig Tieck

 

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Maïsha (Tentative de traduction seconde)

Maïsha

 

Seule, écoutant la lune,

Une orpheline pleurait dans le noir ;

Seule, écoutant la lune,

Maïsha* appelait au secours ;

Elle avait tant et tant marché

Qu’elle en avait perdu sa route.

Tous connaissent son histoire

 – Mais son nom, qui le connaît ?

(bis)

«  Ô Lune, es-tu là ?

Reviens la consoler.

« Ô Lune, es-tu là ?

Qu’elle retrouve le sommeil !

« Ô Lune, es-tu là ?

Reviens la consoler.

« Ô Lune, es-tu là ?

Je t’en prie pour Maïsha ! »

 (ter)

*Le prénom Maïsha signifie vie, âme en swahili.

D’après :

The Idan Raichel Project, Maisha

http://irpforum.nstars.org/t27-lyrics-translation

et Lexilogos : http://www.lexilogos.com/swahili_dictionnaire.htm

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Ballade d’un dissident (tentative de traduction seconde)

Ballade d’un dissident

 

Te souviens-tu comme nous vivions,

Que reste-t-il désormais, Belgrade mienne ?

Je me rappelle encore ce temps-là dans le vieux bistro,
La première fois que je vis un micro, me juchai sur la table
Dans l’ombre du vieux marronnier où disparut mon amour ;
Je gravai mon nom, formai les premières rimes.
J’ai poussé de la ville, des chants de sa Bohème
Et de récits de pêcheurs comme il n’en est plus.
Je me suis querellé avec les meilleurs dans des tavernes enfumées,
Ai courtisé la dame, joué avec l’usurier,
Ai tantôt, chanceux, retrouvé mes Pénates, et tantôt tout perdu ;
Tantôt enlacé une femme, tantôt embrassé le pavé ;
Ne me suis point blâmé ; où que j’aie pu ouvrir les yeux
C’était toujours la même peine, devenue familière,
Aussi, j’ai ranimé mes souvenirs pour qu’ils soient des cicatrices
Me rappelant qu’il n’a pas toujours fait sombre et froid,
Qu’un sang rouge comme le vin a coloré les nuits,
Dans les reflets du verre, il y avait tes yeux ;
Mais j’ai dû partir, le fiacre m’attendait,
Adieu Belgrade, j’aurais encore tant à te dire !

Te souviens-tu comme nous vivions,

Que reste-t-il désormais, Belgrade mienne ?

Oublie-moi, mon aimée, oublie comme je t’aime
Continue à aimer, peut-être ne suis-je plus ;
Dans l’ombre j’enlace les souvenirs que je peins à la flamme des chandelles
Pour ne plus penser aux cris qui montent de l’entrée ;
Luttant contre mes blessures, je me rêve me saoulant de vin, de rakia
Et de tamburs*, d’un vieux violon et de voix usées,
De tristes chants tziganes, de fumée et de verres brisés ;
Avec mes Bohémiens, juché sur la table je me mets à crier,
Je tire, je récite des chants, cherche mes lettres ;
Pour un seul vers ma vie touche à sa fin,
Dans mon cœur le désert, mais de la fenêtre je vois l’oasis.
Je me rêve sentant ton parfum, toi dansant près de moi,
Et mes larmes tombent comme une pluie d’automne.
Ne parais pas, affreux matin, laisse-moi à ma peine ;
Ne parais pas tant qu’il reste un chant en moi ;
Mais il me faut partir, car j’ai dérangé,
Adieu Belgrade, cela, je ne te l’avais jamais dit !

Te souviens-tu comme nous vivions,

Que reste-t-il désormais, Belgrade mienne ?

Aujourd’hui, mes blessures me lancent plus qu’une rossée derrière l’école ;
Plus que le son de la strophe à l’instant où j’ai dû partir.
Et me revoici, mais nous avons tout perdu,
Ils ont abattu le marronnier où je t’embrassais naguère,
Il n’est plus d’effluves aux tilleuls, plus de vieux violon,
Plus ce Bohémien aux cheveux d’argent qui soignait ma tristesse ;
Ma Belgrade, Mes racines sont perdues,
Vaines mes médailles où personne ne me reconnaît.
Je donnerais mon Étoile de Karageorge pour une cruche pleine du raisin d’ici
Car à quoi m’est-elle bonne, quand je n’ai plus personne,
Qu’agitation et douleur, mes amies plus fidèles ;
Dans la taverne, je brise des verres à m’en faire saigner l’âme.
Voici la balade d’un dissident, triste chant serbe,
Pour les tavernes à venir, et pour des temps meilleurs,
Il faut qu’elle reste au fond des gorges ; quand on l’entonne,
C’est toute ma région qui revient, il n’y manque que moi,
Il me faut partir pour qu’on ne m’exploite pas,
Adieu Belgrade, rappelle-toi tout ce que je t’ai dit !

Te souviens-tu comme nous vivions,

Que reste-t-il désormais, Belgrade mienne ?

*tambur : instrument à cordes des Balkans, apparenté au bouzouki grec.

D’après :

Београдски Синдикат, Балада дисидента – Beogradski sindikat, Balada Dissidenta

http://lyricstranslate.com/ru/balada-disidenta-ballade-eines-dissidenten.html

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Bruno Schulz – extraits choisis de « Les boutiques de cannelle »

 –

J’avais envie de partager les joies de ma dernière lecture, un recueil de nouvelles d’un artiste (que pour simplifier je qualifierai simplement de juif polonais), auteur de lettres, nouvelles et romans, mais également professeur de dessin et peintre. Voici donc des extraits de trois nouvelles différentes de Bruno Schulz (1893-1944) qu’il a faites publier en 1934 sous le titre global Les boutiques de cannelle ; n’ayant pas accès aux textes originaux, j’ai voulu présenter l’œuvre de trois traducteurs différents : Thérèse Douchy, Georges Sidre et George Lisowsky.

Comme mon père prononçait ces mots, son visage se couvrit de rides douloureuses rappelant les nœuds et les marbrures d’une vieille planche dont on eût raboté tous les souvenirs. Un instant nous eûmes l’impression qu’il allait tomber dans cet état de prostration qui l’accablait parfois, mais il s’éveilla, se reprit et poursuivit :

« Certaines tribus du passé embaumaient leurs morts. Des corps, des têtes étaient encastrés dans les murs de leurs habitations. Dans le salon se tenait le père empaillé ; sous la table, l’épouse défunte, tannée, servait de tapis. J’ai connu un capitaine qui avait dans sa cabine une lampe-mélusine confectionnée par des embaumeurs malais avec le corps de sa maîtresse assassinée ; on avait ajouté sur la tête de hautes cornes de cerf. Dans le calme de la cabine, cette tête, tendue par les deux cornes, agitait doucement les cils ; sur sa bouche entrouverte brillait une mince pellicule de salive que brisait un chuchotement silencieux. Des pieuvres, des tortues et d’énormes crabes, suspendus aux poutres du plafond comme des candélabres ou des lustres, agitaient leurs pattes et marchaient, marchaient sur place… »

Bruno Schulz, extrait de « Fin du traité des mannequins  », nouvelle traduite du polonais par Georges Sidre, Les boutiques de cannelle, p. 89-90.

Et quand enfin, allant doucement d’une armoire à l’autre, il avait retrouvé toutes les pièces de vêtement nécessaires et terminé sa toilette au milieu de ces meubles qui, l’air absent, le supportaient en silence, quand enfin il était prêt, alors, sur le point de partir, le chapeau à la main, il se sentait gêné de ne pas trouver, même au dernier moment, le mot qui eût pu dénouer ce mutisme hostile, et il se dirigeait lentement vers la sortie, résigné, la tête basse, tandis que dans l’autre sens, vers le fond du miroir, quelqu’un qui lui tournait le dos pour toujours s’éloignait sans hâte à travers une enfilade de pièces qui n’avaient jamais existé.

Bruno Schulz, extrait final de « Monsieur Charles », nouvelle traduite du polonais par Thérèse Douchy, Les boutiques de cannelle, p. 100.

[…] Les commis s’empressaient de déballer ces provisions nouvelles d’étoffes saturées de couleurs et en garnissaient soigneusement, comme avec du mastic, les moindres vides et creux des armoires hautes. Cela formait un immense registre de toutes les couleurs de l’automne, disposé en couches, assorti par nuances, descendant et montant comme un escalier musical, gravissant les gammes de toutes les octaves de la palette. Il commençait tout en bas, s’essayait timidement aux demi-tons déteints du contralto, passait aux cendres délavées du lointain, aux bleus des anciens gobelins, puis, grimpant en accords de plus en plus larges, parvenait aux sombres turquins, aux indigos des forêts inconnues et aux peluches douces des parcs bruissants, pour enfin, à travers tous les ocres, les sanguines, les roux et les sépias, redescendre dans l’ombre mouvante des jardins qui se fanent, pénétrer jusqu’à l’odeur sombre des champignons, l’haleine du bois vermoulu au fond de la nuit d’automne, le sourd accompagnement des basses les plus noires.

Bruno Schulz, extrait de « La nuit de la Grande Saison  », nouvelle traduite du polonais par George Lisowsky, Les boutiques de cannelle, p. 146.

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Artiste sur l’Artiste

« … l’artiste est celui qui, descendant dans les profondeurs de l’instinct, ces couches matérielles de la personnalité, en tire au jour quelque pieuvre, toute ruisselante de ténèbres. »

« Lorsque, […] en novembre 1942, une carte postale que j’avais adressée à Schulz me revint avec la mention  » Destinataire inconnu « , je pensai immédiatement aux dernières paroles du retraité s’élevant dans les airs :
 » Et moi j’allais toujours plus haut et plus haut, dans les espaces, jaunes et insondables, de l’automne.  » »

Arthur Sandauer, préface à Les boutiques de cannelle, Bruno Schulz, traduction du polonais par Thérèse Douchy, Georges Sidre et Georges Lisowski.

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