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20 février 2017

Quelqu’un a eu le cran qui seyait. C’est ainsi (arbitrairement, je préfère la thèse de la volonté) que j’ai désobscurci l’annonce d’accident grave voyageur qui m’a fait invoquer l’esprit des connecteurs logiques perdu qui niche dans chaque alliance métallique et perdre une heure à travers les brises souterraines. Ce soir le ballast était neuf, blanc comme la craie par endroits (peut-être utilise-t-on, qu’en sais-je, une espèce de craie pour éponger les dernières traces de fluides organiques et de produits de « nettoyage »). Point de honte pour cette curiosité dite malsaine qui attire les yeux partout où pourrait subsister une trace sans équivoque du drame de cet après-midi. Peine perdue de toute façon. Je marche vers le bord du quai et mon reflet vibrant, passe dans un erre-hère fou qui ne sait plus très bien où il va, tout ébranlé sans doute de la terrible aventure arrivée à son semblable, puis assise là comme à bord d’un cauchemar j’observe entre les stridences et les clignotements obsessionnels dodeliner la tête des voyageurs ici et dans le reflet des vitres, grosse chose imbue sur son corps épouvantail qui se croit le centre du monde qu’elle enclot, grosse chose instable qu’un souffle, un seul souffle suffit à faire envoler.

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Voyages

17 août 2010


J’allais parmi la brume, et les cieux endeuillés
Fermaient là-haut, sur ma tête, leur aile noire
De noirs corbeaux muets; l’air était d’encensoir,
L’ombre était de tombeaux aux cyprès effeuillés.

Mon pas oppressé mène lourdement
À un tronc, lourd de chagrin, qui m’épaule :
– Dis-moi, quelle est cette peine, grand saule
Sous lequel je vais verser mes tourments?

Folie m’étreint; l’arbre répond. Propos
Qu’il tint en moi allèrent se ficher.
– Pleurez l’amour infini et sachez
Que l’ire est noire et l’ombre sans repos.

La brume dissipée fit découvrir la terre;
A mes pieds rayonnaient mille chemins connus
Que la lune implacable éclairait, morne et nue…
Mais au champ ressemé reste beaucoup à faire.
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Divertissement

Six mains

 
Elles sont sous brumes ou voilettes,
Inconscientes des mauvais temps,
Et parapluies comme toilettes,
Leur font visage de printemps.
 
Bruines, ruines, écroulements,
A vider des bourses remplies
Voleuses, comme l’est le vent,
Violeuses, comme sont les pies,
 
Qu’elles soient encor blé en herbe
Ou séduites de mal en pis,
Leurs traines trainent tant de gerbes,
Qu’on en serait encor épris…
 
C’est un sillon que Dieu leur fit,
Pour ramender leurs pieux hymens,
Qui restent comme un fruit confit,
Des rois fit-on fêtes de reines ?
 
Du pré ou fleurit la violette
J’en ai vus revenir pourtant
Courbant le dos, baissant la tête,
Étant partis le cœur battant.
 
Sous le voile se dessine
Un sourire au goût de miel
Que l’alliance divine
Rend à jamais éternel.
 
Austères fidélités,
Confidences impromptues,
Les attifets ajustés
Parlent pour l’œil qui s’est tu.
 
 
Merci aux organisateurs et participants de ce colloque au sommet (mais quel sommet ?).
Je les remercie tout particulièrement de me permettre de diffuser ceci sans engager de poursuites judiciaires auxquelles je ne pourrais faire face.
 
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Voyages

27 novembre 2006

 
Regardez-les marcher, voyez, ma bonne dame
Comme ils vont, nonchalants, méprisables d’aisance
Et de rapidité ; sur leur front se balancent
Quelques mèches trop longues assombrissant leur âme.
 
Ils nous narguent en passant, regard fier ! et leurs yeux
Habilement cachés dont l’éclat les trahit
Sauront les diriger, même par noire nuit
Vers de sombres desseins dans de sordides lieux.
 
Que dites-vous, Madame ? Se peut-il qu’en leur tête
Sous leur front dont la peau est stupidement lisse
S’arrête un jour ou l’autre quelqu’idée honnête ?
 
Et vous me traitez, Dame ! de vieille femme aigrie ?
Mes yeux sont souffreteux, mes pieds débiles glissent,
Mais jamais n’oublieront que jeunesse on me prit.
 
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