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SA III 6 juillet 2018

Avec vous
J’ai traversé l’été
J’ai traversé les pénibles, les rugissants et les gémissants
Avec vous j’ai bu la mer aux fontaines de l’aurore
Je me suis déroulée dans une herbe instable abondant de promesses
J’ai couru
Avec vous
Je me suis enfuie vers des gouffres plus profonds, des combes plus paisibles
J’ai failli y laisser ma raison
Pour vous
J’ai quitté mon père et ma mère
J’ai abandonné mes enfants
J’ai marché sur les confins de la terre
Sur un fil d’équilibriste
Je me suis jetée depuis des hauteurs
Vous étiez là quand j’ai ri
Vous étiez là
Au moment où le premier cri a déchiré l’abîme
Oh ! vous étiez là
Et moi
Moi stupide
Qui n’ai rien compris
Qui ne comprenais ni ne voyais rien
Moi je vous suivais mais j’avais peur
Si peur !
Et pourtant je ne connaissais pas la peur
Pourtant j’avais en moi la force de mille chameaux de somme
Dans les entrailles
Pourtant je savais souffrir
Alors que vous
Depuis le départ vous saviez
Où nous allions
Vous saviez que vous ne saviez pas
Et vous me conduisiez pourtant
Comme une bête,
Une autre bête
À travers les éboulis
Jusques au bout du monde raisonnable
Jusques à l’inconnue
La grande X
La grande ourse
Celle qui connaît tous ceux
Qui ne la connaissent pas
Voyez-vous
Nos pas dans la voie lactée
Voyez-vous le reflet de nos pas
Sur la Terre
Et les millions de galaxies
Voyez-vous au-delà
Non
Vous ne voyez pas
Vous ne connaissez que l’étrange silence
L’oppression
La constriction du cœur qu’il faut fuir
Par les vallons
Par les portes entr’ouvertes
Par les grilles à sauter
Les ruisseaux à enjamber
Dans la nuit qui approche
Où vous mène mon ombre
Qui vous précède
Avec vous
Je passerai à gué
Je traverserai les années
Comme un souffle de vent
Un chuchotis dans les branches
Ce sera rapide
Vite passé

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28 novembre 2014

(Illustration : Mélodie de Fauré sur un poème de Jean Moréas : )

Comme une oreille murée
dans un creux de la terre
sous-bois
douillet où
entre les racines les feuilles tomberont
duvet roux, mosaïque
mille pièces d’une courtepointe
La pluie gouttera
la boue montera
baignant le lit
de l’immobilité
où bientôt les animaux auront provende
et la terre engraissera
Le givre prendra
et ce sera confortable
avec les odeurs
de passer
L’hiver
peut-être la neige cherra-t-elle
comme ces draps blancs
bras de poussière
sur les meubles d’inutilité
perdus dans des salles obscures
peut-être que de vieilles branches
craqueront
L’année qui reviendra fera pousser
de la mousse
des primevères
les pulmonaires n’auront jamais été si belles
entre les barreaux rincés
de la cage devenue généreuse
Le bassin fécondé servira de repaire
aux insectes de l’humidité
la courbe de la colonne renversée
se piquera de pommes de pin
et de la boîte
le sauvage souci enfin
sortira

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22 juillet 2013 – Jeunes Charrues

Au bourg les impressions m’acculent
– Feux crépuscules ;
Nouvelles-nées –
Car la vie mouette a passé.

Une infante assoiffée titube et s’émerveille,
Qui tombait ;
Les socs de cette terre ont fait de longs sillons
Dans la baie.

Voici que quinze ans ont passé
– Vois cet été
De canicule
– Où tombe le vent et recule.

 

Au coin que l’on vous a vendu
Rit – attendue –
La maisonnée
– C’est là le fruit de tant d’années.

De la terre et la mer les enfants tout pareils
Ont changé ;
Près des grands estropiés les jeunes arbres sont
Plus âgés ;

De cinquante à soixante années
Vous retrouvez
– Vous sont rendues –
Que vous n’aviez jamais perdues.

 

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13 juin 2013 – Impressions d’un retour

La terre est une épaule
Qui attend arrondie
Le baiser
La morsure du soleil

Les nuages cette griffure
Inversée
Souris de fumée

Vers Nantes nuages
Enceints
Épongeant les lueurs
Filamenteuses
De l’horizon

À nouveau bocages
Petits  champs
Pommelés
Dans le secret des arbres
Ramures
Du ruisseau

Longé le bruit
D’un camion
Beige
Et jaune, ocre
Sa benne oxydée

Naît une dentelle
De pluie sur
La vitre
Tissée de
Haut
Devant
Et il n’y a plus
D’horizon.

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19 janvier 2013

Dans la terre gelée des sabots sont plantés

Sans presque la matière heurter qui tout enchâsse

Affleure en l’ombre blanche une empreinte bleutée

Du bout d’un doigt discret le temps mime un envol

L’étoile du ballet est la vaine clarté

Les tableaux vacillant sont de la même chasse

Immuée, à jamais, l’illustre opacité ;

Dans la terre plantée de sabots glisse un vol

– Ombles, tanches, arc-en-ciels, souvenance effrontée,

Vision inconséquente et néanmoins tenace,

Des jours avant la glace ; or au vent arrêté

Les prairies effleurées saisies par le survol

De l’astre pressenti sont nues ; une beauté

Nuageuse exhume l’étang sous la menace.

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