Actualités et politique, Simplement, Voyages

Roule une voiture noire
Roule

Debout un vieux bêche dans son jardin
Il porte la troisième syllabe de son prénom
Sur le visage
On sursaute
À haute voix
Je la lis.

Stoppe au bord du trottoir
Stoppe

Troisième syllabe aussi
La pelle à la main Dame
Les yeux ronds la bouche ouverte
Il répète les prénoms quoi d’autre
Il fait lourd
Moins qu’hier.

Voilà une histoire
Vois

On arrive au bon moment
S’il en faut un
Nouveau chien grand chat
Que l’on connaissait tiens
Elle, dans l’escalier en béton,
Épaule cassée…

Bien sûr la voir
Bien

Toute fine elle dit
Que j’ai grandi
Tout ce temps Non
C’est que je marche au-dessus
Du sol Du jus d’orange des galettes
Au beurre sers-toi…

Leur horloge armoire
L’heure

Sourire demander rien
Écouter
Des chiffres dont tout le monde
Se fiche tout ça
Pour retrouver leurs voix, r, ch
Une demi-heure dans la vie…

Roule une voiture noire
Roule

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24 juillet 2013 – Bongré

En passant
Actualités et politique, Non classé, Santé et bien-être, Voyages

11 février 2013

À cette heure en hiver l’air fuit entre les vagues

D’écume sombre au ciel qu’iris exacerbés

Je côtoie flamboyant ; dans l’ombre de Phébé

Infinissent mes pas, je rêve, j’extravague ;

Foulant le sol mouillé du soir qui le surplombe

Il est temps de se perdre ou de se retrouver

Quand la mélancolie de cette heure enivrée

Que les mille couleurs sourdes ceignent m’aplombe,

Que ces rouges, ces verts, partout où je divague

S’épandent de seconde en secondes flambées,

Cramoisies, émeraudes, entant mes enjambées

Le long d’une huile ondine aux coups de brosse vagues.

À ma droite un ressac ténébreux s’emmoutonne,

Dont les crêtes rapides à toutes les questions

Du monde offrent, butées, même résolution,

Et toujours infailli le chien noir papillonne ;

Mais je marche déjà à la droite du loup.

C’est l’heure où certaine lame de fond du ciel,

Ailleurs raclant la plaine, ici roide de sel

S’élance, pas léger, et reprend son alloux ;

L’heure éperdue où elle trône, aveugle gloutonne

Prête à se laisser choir comme d’inattention

Et à se livrer, cannibale rédemption,

Nuit – prétendue puisque c’est le nom qu’on lui donne.

La digue s’évanouit ; les grands arbres s’élaguent

Ce pays où l’œil voit loin se prend à bomber

Et pourtant tout est bien, à défaut, absorbé

Par l’antique sauvagerie neuve qui vague,

Remontée superbe de la mer catacombe

Entraînant avec elle la braise ravivée

Et les aimés absents, les vivants enlevés

Baignant dans le sourire obscur qui leur incombe ;

L’éclat d’un phare approche – un vélo qui zigzague…

Pas même : un feu follet, qui s’en va tituber

Plus loin ; on ne peut vivre qu’à la dérobée

Cet heur – puis un cargo, qui glisse au nord du vague.

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30 décembre 2012

Dents de granite, écailles d’eau,
La barque roule doucement
Dans le matin évidemment
Que le serpent a sur son do ;

Au beau milieu de la terre
Comme un filon de vif-argent,
La barque mouille, aux pieds des gens
Ceints d’indicibles presbytères,

La barque soûle déblatère
Au long du sombre battement
De cils tendus nonchalamment
Par le jour mûr de vieux paters,

Encore mue par des Jets d’eau
Où louvoient les galets changeants,
À peine émue par l’air plongeant,
La barque coule au sol du dos.

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18 mai 2006 – Vous reconnaîtrez peut-être un dessin (lignes 13 et 25-26)

Elle monte une à une les marches de la tour ; à chaque étage une fenêtre qui délivre une lumière diffuse. Elle ne regarde pas les fenêtres; elle sait. Elle monte, et si quelqu’un la voyait monter, il penserait sans doute qu’elle monte sans effort. C’est faux. Aujourd’hui tout est lourd à porter, mais elle monte en silence, songeuse et rapide pourtant. Quand elle arrive là-haut, elle semble hésiter ; le vent s’engouffre dans la tour. Elle ne frissonne pas. Elle arrive d’un coup en pleine lumière, et ses yeux se plissent brièvement. Elle est sur la terrasse, à cinq ou six coudées du sommet, où l’air est pur et frais, et la vue remarquable. Elle le sait. Elle ne pense même pas à la vue. La terrasse est large, encadrée par une rambarde de marbre froid. Elle marche tout droit. Au milieu de la terrasse, il n’y a pas de garde-fou, mais une avancée, très longue, comme un chemin surplombant le ravin, lisse et étroit. Elle avance, lentement mais d’un pas sûr, sans regarder ni derrière elle ni à ses pieds, comme si elle avait répété mille fois ces gestes que personne ne l’a jamais vue accomplir. Arrivée au bout, juste au-dessus du torrent, à sept-mille pieds de haut, elle s’arrête. Ses yeux se ferment. Peut-être pense-t-elle à tout ce qu’elle a perdu, à son empire qui aujourd’hui s’est effondré ; le versant ouest de la montagne face à elle, naguère verdoyant, regorgeant de vie, de fleurs et de bêtes sauvages, est à présent ravagé, son sol souillé du sang de son peuple. Elle avait pourtant pensé pouvoir sans subir de nombreuses pertes repousser l’ennemi ridicule qui défiait son empire sylvestre. A l’aube, ses guerrières, silencieusement postées entre les branches au faîte des sapins, avaient fondu sur l’armée qui venait de franchir le col ; contre toute attente, elles avaient été submergées par le nombre des assaillants. Elles s’étaient vaillamment défendues, avaient respecté leur serment de ne pas s’envoler pour battre en retraite. Elles ont combattu jusqu’à la mort, venant chacune à bout d’une demi-douzaine de soldats avant de rendre l’âme. Elles ont défendu chaque pouce de terrain, mais l’ennemi a réussi à pénétrer dans la cité des femmes ailées. A présent toutes ont péri, entraînant tous les guerriers dans la mort. Peut-être est-ce ce à quoi elle pense tandis que le soleil s’infiltre à travers ses paupières closes. Elle sait que la soif de la terre n’est pas épanchée, qu’elle est la seule à vivre encore, que la montagne cruelle voudrait un dernier sacrifice. Elle rouvre soudain les yeux ; leur éclat défie celui du soleil. Elle se cambre, rejette la tête en arrière. Peut-être oublie-t-elle qu’elle n’a pas d’ailes, qu’elle vient d’un ailleurs inconnu des habitantes de cette cité qu’elle avait fondée il y a si longtemps ; mais bientôt cela n’aura plus d’importance. Ses pieds dépassant légèrement du bord de la passerelle de pierre, majestueuse, elle bascule lentement en avant.
Sur le versant ouest, un mourant aperçoit, dans sa dernière vision, une comète passer en plein jour, se détachant nettement sur le ciel pourtant clair. Elle file, infidèle, au-dessus de sa tête, et disparaît par-dessus la crête.
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