Voyages

18 juillet 2010


De nuit éparpillée naît l’aube lentement,
Barbouillée de nuée ; les gens qu’elle réveille
Œuvrent à balayer des excès de la veille
La ville ensommeillée, silencieusement.

Les femmes impassibles aux cheveux de sinople,
Allongées dans leur rêve au fond de la rivière,
En songe voient passer sur leurs yeux de lumière
Déchets qui rouleront jusqu’à Constantinople.

L’épais trottoir sans âge, de mauvaise humeur,
Fait le dos rond aux mouettes qui entr’ouvrent l’aile,
Blanches sur le pavage aux lignes poivre et sel,
Grises dessous le ciel qui déploie ses couleurs.

C’est dans une eau plus trouble, au jour adolescent,
Que jouent à cache-cache des poissons de fer,
Miroirs doubles tranchant l’onde – l’un, ventre à l’air,
Gît dans un flot d’ordure, où le soleil descend.
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Voyages

13 mars

Sous des ponts étoilés, des traînards à tâtons
Partent à la recherche du juste équilibre
Et de la bonne hauteur, jusqu’à ce qu’enfin vibre
Autour d’eux l’air du soir, sous des ciels de béton.
Du socle bien réglé naît l’échelle des tons
Que façonnent leurs lèvres: vit ainsi l’art, libre
Par eux – sans doute ont-ils en eux la même fibre;
Ce sont cordes à notre arc alors que nous chantons.
Si la voix peut, multiple, grimper, aussi leste,
Si ce plaisir sans âge est le même, et qu’il reste,
Lors on peut bien fausser la roue de la fortune;
Puisqu’il n’était pas décrit de cadre céleste,
Puisque n’y bruissait aucune harmonie terrestre
C’est qu’on peut, et rêver, et embrasser la lune!
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