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War es dir, dem diese Lippen bebten – Tieck (Était-ce pour toi que frémirent ces lèvres)

Essai de traduction-adaptation :

 

Était-ce pour toi que frémirent ces lèvres,
Pour toi, le doux baiser offert ?
Une vie mortelle procurerait donc un tel plaisir ?
Ah ! quelle clarté, quel éclat flottaient devant mes yeux ;
Que mes sens étaient tous suspendus à ces lèvres !

 

Le regard des yeux clairs
Était habité d’une fièvre qui tendrement m’interpella ;
Tout se remit à tinter en mon cœur,
Mon œil chavira
Et les airs retentirent de chants d’amour.

 

Couple d’étoiles,
Les yeux brillaient et les joues
Agitaient les cheveux blonds ;
Regard et sourire étendirent
L’aile et les douces paroles
Éveillèrent le plus puissant des désirs :
Ô baiser ! comme était ardent le rouge de ta bouche !
Et je mourus, ne prenant vie enfin que dans la plus belle des morts.

Par Ove Madn

Et voici le (beau) poème original :

War es dir, dem diese Lippen bebten,
Dir der dargebotne süße Kuß?
Gibt ein irdisch Leben so Genuß?
Ha! wie Licht und Glanz vor meinen Augen schwebten,
Alle Sinne nach den Lippen strebten!

In den klaren Augen blickte
Sehnsucht, die mir zärtlich winkte,
Alles klang im Herzen wieder,
Meine Blicke sanken nieder,
Und die Lüfte tönten Liebeslieder.

Wie ein Sternenpaar
Glänzten die Augen, die Wangen
Wiegten das goldene Haar,
Blick und Lächeln schwangen
Flügel, und die süßen Worte gar
Weckten das tiefste Verlangen;
O Kuß, wie war dein Mund so brennend rot!
Da starb ich, fand ein Leben erst im schönsten Tod.

Johann Ludwig Tieck

 

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3 janvier 2011 – Lettre dans la nuit

Rouge-gorge familier (je ne suis pas propriétaire de cette image)

À toi, cela fait un moment que je voulais écrire, depuis que j’ai su que tu ne me lirais plus jamais… Que dire à celle qui n’est plus ? Quel hommage pour toi, en faut-il un ? Je vole du temps à mon sommeil pour commencer ce travail absurde, mais il me semble que je te le dois, à toi qui n’as jamais su dévoiler ton cœur, dire ni montrer ton amour, à toi à qui il me restait tant de questions à poser.
La relation entre toi et moi était-elle un manque ? Ou ta vie a-t-elle été pleine de manque ? Je n’ose imaginer ce à quoi tu as dû renoncer… il serait cruel de te dire que tu es passée à côté de ta vie, aussi je l’écris, à toi qui ne me liras plus jamais.
Nous sommes séparées par deux générations, et nous sommes maintenant séparées par ce mur qu’est la mort, et pourtant c’est un peu de ton sang qui coule dans mes veines. Nous n’avons jamais habité à beaucoup plus de deux heures de route l’une de l’autre, et nous nous voyions peu. Tu as toujours été un peu lointaine, ton monde n’était pas tout à fait celui où tu avais ta place bien rangée – peut-être de la même façon que je n’appartiens pas au monde qui m’environne, ceci nous rapproche-t-il ou nous éloigne-t-il ?
J’ai glané ça et là, par toi, par tes enfants et tes autres petits-enfants, des parcelles de ce que tu as pu être et de ce que tu n’as pas réussi à être. Toi, élève douée – élève que j’imagine d’une certaine façon différente des autres, un peu à l’écart, une étrangère familière au milieu des autres enfants – à la belle écriture penchée, harmonieuse et déliée, toi, douée pour la musique – on t’a mis entre les mains une mandoline, héritage d’une tante beau d’aspect mais au son ingrat, alors que tu rêvais de jouer du violon, comme les autres filles, d’ailleurs était-ce un présage ? – toi qui étais douée pour le dessin – tu savais apprécier les proportions, le compas dans l’œil, tu n’aimais pas trop Picasso – qui rêvais d’être institutrice, ta sensibilité – jamais tu n’en as montré une once à ta descendance – très particulière n’a pas supporté les humiliations des « bonnes » sœurs. Tu as tourné le dos aux études, tu es repartie. Tu t’es mariée.
Est-ce alors que tu es morte pour la première fois ?
Les souvenirs joyeux que tu te plaisais à nous raconter, la campagne, la ferme, le café, tes cousins et cousines, tous étaient enclos derrière ce premier mur. Les personnes encore en vie et que tu aimais, en dehors de ta famille proche, jamais tu ne les as revues.
Tu as eu des enfants, beaucoup d’enfants, beaucoup de douleur – tu n’as jamais été une mère juive, tu n’as jamais été une mamma non plus – et ces enfants que tu as élevés avec rudesse – et par délicatesse je ne dirai rien de l’aide qui vous a permis à tous de manger plus ou moins à votre faim – ont grandi les uns après les autres, sont partis, se sont mariés. La troisième génération est venue au monde, a commencé à se marier elle aussi. Et puis ton mari, mon grand père – jamais une plainte, le verbe fort et le rire bon enfant – est tombé malade, et lentement, il est mort.
Es-tu morte toi aussi pour la seconde fois ?
De ta dernière fin non plus, je ne dirai rien pour l’instant, sinon qu’elle fut trop longue et douloureuse – j’espère que les derniers instants t’ont apporté du soulagement. Ellipse. Un jour de neige, je suis allée voir ta dépouille au funérarium… ceux qui l’ont connue ont tous trouvé qu’elle ressemblait à ta mère. Moi, je n’ai vu qu’une enveloppe, vidée de ses forces par la maladie et vidée de toi, à laquelle les employés des pompes funèbres ont maladroitement essayé de redonner un visage de sommeil paisible, coiffant tes cheveux selon un mouvement qui ne te ressemblait pas, arrangeant ton corps grêle dans une immobilité que je ne t’ai jamais connue. L’angle inaccoutumé que l’on avait sur ton visage – toute petite femme encore rapetissée par l’ostéoporose, voilà que ton menton pointait, hiératique, vers le plafond – accentuait encore le changement saisissant de physionomie et l’étrangeté de tes traits. Seul le chapelet entre tes doigts cireux, jaunâtres, avait quelque chose de toi. Ce n’est qu’en me penchant sur ta joue froide – je l’ai ainsi imaginée, n’allant pas jusqu’au contact de la peau – que j’ai retrouvé ton ombre. Autour du lit les gerbes étaient multicolores, il n’y avait rien de guindé ni de triste, mais c’étaient des fleurs de serre – la terre était gelée depuis des semaines, il n’aurait pu en être autrement. Je me suis demandé si tu aurais préféré des fleurs des champs, et j’ai imaginé une vaste prairie bien sauvage – comme tu l’as toujours été – rien que pour toi. Ces deux visites ne m’ont provoqué aucune émotion (sauf à la fermeture du cercueil, refermé sans repli des coussins sur ton visage exsangue, pauvre petit visage que j’imaginais ballotter sous le couvercle dur de bois verni). Car ce qui restait sur terre n’était plus toi.
Déjà, alors que tu étais déjà à l’hôpital, je t’avais rêvée une nuit, dans un joli chemisier blanc ou crème – toi qui as toujours porté un tablier ou un vêtement de travail sans fioritures, sauf pour sortir – sous un ensemble rouge – jamais je ne t’ai vue porter cette couleur – déambulant joyeusement dès les premiers flamboiements de l’aurore, alors que ceux qui se trouvaient dans dans la maison étaient encore au lit. Était-ce ce que j’aurais voulu que tu soies, ce que j’aurais voulu pour toi ? Était-ce toi, dans ton absence à ta vie – depuis si longtemps que tu vivais extérieurement une vie qui n’était pas la tienne – ou encore ce que tu aurais pu être si le chemin avait tourné de l’autre côté à un moment de ton passé ? Ces images un peu vagues sont restées vivre en moi quelque temps, et elles sont retournées à l’oubli. Puis tu es morte.
Le rêve m’est revenu est mémoire à la lumière d’un autre. Le matin du premier de l’an, réussissant enfin à trouver le sommeil, je t’ai rencontrée, tu étais vivante mais condamnée. En trois jours, tu mourrais, ton état se dégradant d’un jour sur l’autre. Tu étais surprise mais non trop angoissée, tu n’allais pas connaître de longue agonie. Je te revois, était-ce le premier ou le second jour ? Nous étions sur la terrasse carrelée de ton jardin, nous discutions toutes les deux. Tu étais alerte, souriante et volubile dans une jupe rouge au genou, un beau chemisier clair sous un gilet assorti à la jupe. Colorée. Tu me disais tout ce que je devais savoir, tu me rassurais – sans doute m’as-tu appris des choses sur ta vie, mais aussi sur la vie et sur ma vie – tu ne pouvais pas m’abandonner sans que je sache. Il faisait bon dehors, le temps était-il beau ? Le ciel du moins était lumineux. Je n’ai aucun souvenir conscient de ce que tu m’as dit ni d’un écoulement ressenti de ces trois derniers beaux jours. Tout ce que je peux fixer avant que l’oubli me le vole se raconte en impressions, sans détails, le rouge de ton habit et l’endroit nimbé de lumière.
Tu m’as offert la fin de la vie qui t’a manqué, la fin qui t’a manqué, ta fin telle que j’en ai manqué. J’ai chanté pour toi, et toi, tu m’as offert de derniers souvenirs qui n’ont rien à voir avec la mort. Quelle qu’a pu être ta vie, je n’oublierai plus… Merci pour ce sang qui bat à mon cœur et coule dans mes artères – cette vie – ce rouge. Merci pour l’amour.

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Voyages

10 septembre 2006

Je vis, je parle, je ris ;
Mon nom est gravé à la crête des vagues
Inscrit dans le creux des vents
J’ai un nom, j’ai deux noms, j’ai mille noms et plus encore
Je pleure, je crie, je meurs ;
Mon nom est martelé sur la brume
Au fer rouge sur la pierre
J’ai un nom, j’ai deux noms, j’ai cent noms et plus encore
Je pense, je rêve, je danse ;
Mon nom est tracé au bord de la dune
Calligraphié dans l’eau vive
J’ai un nom, j’ai deux noms, j’ai dix noms et plus encore
Je chante, je vole, je hante ;
Mon nom est imprimé au bout des flammes
Murmuré au cœur de la terre
J’ai un nom, j’ai deux noms, j’ai volé son nom à la mort.
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