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L’interstice où je me trouve ouvre sur l’infini. Je peux entrevoir les vingt-mille-et-une lieues d’ombre sous mes pieds, plus bas mon regard se perd mais ce n’est pas le fond – si tant est qu’il y en a un. L’obscurité portée se meut avec moi, est-ce le puits que j’ai toujours craint, la folie, que je porte aux tréfonds de moi ? Depuis bientôt dix mois et cette douleur estompée (hier : encore un triste non-anniversaire), jamais (je crois) je n’ai eu à ce point conscience de notre condition mortelle. Oui, j’ai cette conscience de la mort, chaque jour (est-ce morbide de penser, à l’évocation d’un être aimé : je serai triste quand tu mourras, si tu meurs avant moi ?). Je ressens ce frisson, ce resserrement de la pompe vitale, qui me rappelle son existence.

Et depuis presque un mois : je pense. Je lis, n’importe quoi ; je lis et pense. Probablement, au bord de l’abîme du futur proche, suis-je bien en train de vivre mes dernières vraies vacances ; vraies comme je n’en ai connu depuis des années, à cette époque où la couleur et les doubles battants de papier suffisaient à me nourrir (où, dans un Tintin, j’ai un jour découvert le mot : « innocent »), vraies comme un retour à l’éveil ; mes dernières parce que voici un seuil que, méfiante, je me suis toujours gardée de franchir, et que ce qui se trouve de l’autre côté de ce jour prochain et vague ne m’appartient plus, n’est plus, n’est pas à moi, ce ne sera déjà plus moi, alors. Je ne peux faire comme si, les yeux grand ouverts je ne veux pas perdre un miette de ce qui est de ce côté-ci, inutile de dire : je suis comme vous au fond, ou : je serai à la hauteur, ou encore : il y a telle ou telle priorité et je m’y plie. Cependant que le livre dans lequel je suis fait claquer ses dernières pages, je vois tout aussi limpide qu’au départ l’enfance (vous lui donnez ce nom), l’enfance forcée, pressée, scellée croyais-je, l’enfance qui jamais ne me passera, qui reste intacte à la fin de mon livre. Là pour le prochain.

J’abats une carte, non au hasard. La Mort. Ce n’est pas la mort d’un monde, tout ici n’est qu’un jeu, un tarot (auquel croire ou non). À l’envers : la prochaine « je » de cartes, que je n’habite pas encore. Il n’y a aucune promesse en elle, l’espoir est sans objet. La soif au bord m’habite sans me tenailler, me pousse sans me presser puisque c’était toujours là, dessous, là où j’ose à peine découvrir les barreaux de la cage : le fauve. L’oiseau. L’arbre sacré. L’air brûlant. Tout ceci et plus, tout étant tout à fait autre chose, ardent, un dedans ouvert, un être retourné, peut-être une âme ? Bientôt la noyade dans l’insondable, bientôt la mise à nu au milieu d’êtres, d’habitudes, d’un langage ancien et nouveau, et méconnu, bientôt la dissolution. Subsistera-t-elle ? Y aura-t-il la nourriture de cette « je » qui vais venir ? L’appréhension ne me quitte pas depuis ce presque mois, elle m’entoure de son étau brumeux – et la corne sonne au bout de chaque soir, avant une nuit pareille à la nuit d’autrefois, qui se déploie au tambour plus soutenu et où fermente l’angoisse (en volutes où implose parfois la terreur) depuis la graine d’angoisse primaire qui naquit avec moi.

La peur est de mes sentiments (je m’autorise à dire sentiments et non simples émotions, à cause de leur permanence) évidents, latents mais toujours au présent simple, eau qui ne dort que vaguement. Je suis drapée d’un manteau de peur qui ne demande qu’à s’éployer. Et sous le manteau lourd rabattu même sur mes yeux, que seul décroche parfois l’épuisement, la soif dévorante fait fi de l’impermanence de toute chose, fi du trouble des reflets, fi de mon éphémère. Il y a dans ce gouffre tellement d’espace inaccompli ! Et je ne suis que dans le mouvement, avalant la vie ; seul me reste le serpent couché formant un huit, devant, tout autour de, à moi minuscule. Dans la nuit enfin je me vois. Mon essence  insonore, infime, ma légèreté (qu’on le veuille ou non) absolue : je suis une énigme, un photon.

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30 septembre 2012 – Je verrai

En passant
Divertissement, Voyages

17 septembre 2011 (sans sérieux)

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Alors que m’en venais sur le chemin
Emplettes à mon bras, au lieu d’un mouchoir
Ma veste par mégarde laissai choir
Et de désespoir m’en tordis les mains

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Malheureuse, avais déjà traversé
Et mon vêtement gisait, en pâture
Livré au terrible flot des voitures ;
Le cœur me manquait pour m’y élancer.

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Que faire sinon ? Sous un ciel muet
Le château, hautain, me considérait
En bas les badauds passant ignoraient
La détresse étreignant mon corps fluet.

– 

Surgit alors à ma grande stupeur
Un jeune héros, droit sur sa monture,
Casqué de cheveux bouclés, quelle allure !
Vint à ma rescousse, ignorant la peur.

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Avec la puissance et la rude grâce
D’un cavalier hun, qui peut cependant
Qu’il est au galop, cueillir de ses dents
Au sol une fleur, mon champion fit face.

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Se baissant, saisit, tout délicatesse
À terre l’atour qu’il brandit vers moi
Bravant la mêlée ; lui souris d’émoi
Puis laissai filer pour d’autres prouesses.

– 

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