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4 avril 2016

 

Les branches sont couvertes de fleurs nouvelles
Le jardin, de constellations bleues et violettes
Moi, je ne peux ouvrir ma fenêtre
Je suis dans le noir
La lumière ne m’atteint pas
Le soleil s’est retiré

Il me semble que le ciel est une marée vermeil
Et le sol, un bourbier pourpre
Que l’on m’a brisé et les pieds et les mains
Car je ne peux me lever
Ni embrasser
Tout m’est interdit

Aux yeux du printemps suis-je criminelle
La nature rejette-t-elle mon amitié
Est-ce déjà la vieillesse
Et dans quel exil gît mon cœur
Faut-il saigner
Faut-il mourir

Il me semble que le monde est un jardin funèbre
Et la vie, une illusion
Que l’on m’a brisé les ailes et la queue
Car je ne peux m’envoler
Vers ce que j’aime
Il en soit ainsi

Les arbres se couvriront de baies nouvelles
Les routes, de constellations bleues et violettes
La liesse éclairera ma fenêtre
Mon chant sera noir
Le soleil n’entrera pas
Où je serai retirée

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Un inventeur de l’esclavage

M. Untel (à la télévision ; l’homme est noir de peau) : Comment peut-on parler d’auto-culpabilisation lorsqu’il est question de la commémoration d’une tragédie ? Parce que l’esclavage, c’est une tragédie…

X (indignée) : Il dit ça, pourtant c’est eux, les premiers responsables !

Y : Quoi ? (interloquée, puis comprenant) … Tu t’entends parler ?

X : Mais oui, c’est les Noirs qui sont responsables !

Y (se maîtrisant) : Mais tu entends ce que tu dis ?!… Je ne t’écoute plus.

X (docte) : Ce sont eux qui ont inventé l’esclavage, hein !

Y (hors d’elle) : Je ne peux plus t’écouter, tais-toi, tais-toi !… Non, parle si tu veux, mais je ne t’écoute plus.

Y quitte la pièce, évitant sans doute de se voir reprocher pêle-mêle les vierges de fer, les autodafés, les chambres à gaz, le capitalisme, le communisme, les combats de gladiateurs, les sacrifices humains, le napalm, la corrida, les guerres de religion et la traite des Blanches, sans oublier le bandage du crâne et celui des pieds, le sabre, le suicide collectif, le sac de Nankin, les castes, la poudre à canon, l’infanticide, l’épuration ethnique, la consommation de poissons vifs, l’immolation des veuves et le papier-monnaie.

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Santé et bien-être, Voyages

16 décembre 2013

C’était poussières et buée, sacs plastiques, contreplaqué ;
La tristesse suintant des murs chancelait entre les cartons
Je ne sais plus à quel étage ; on y montait sur le béton
D’une cage glaciale et nue ; l’endroit ne m’a jamais manqué.

Il fallait bien qu’on y passât deux quatorzièmes de ses jours
À sentir le temps trépasser ; et avant même d’y descendre
On portait le deuil du ciel bleu dans l’avenue couleur de cendre
Clouée d’étiques tilleuls debout là pour de mortes amours

Comme entre eux, les talons hautains et les cous de pied souffrants,
(Sans être perçu par l’enfant dont les yeux traversaient le monde)
Suisse en sa livrée de nylon, tout à son immobile ronde,
L’homme au sourire peint qui le vendait à tous offrants.

On pratiquait masque de morgue et lourd manteau de transparence,
Parfois, de paroles acides titillant son désespoir
Ou regardant vieillir, quand on ne l’évitait pas, le miroir
Mais se cloîtrant le plus souvent dans les yeux mi-clos du silence ;

La pédale d’une Singer ne chantait pas pour nous le soir
Sous la glace de nos cahiers réfléchissant l’affreux meublé
Et puis on se gelait le cœur à deux dans un lit sans parler,
À ne pas dormir, immobile, à moins d’un violent cauchemar :

L’enfant était pris de frissons, son pied froid heurtait mon genou
Tandis que, les yeux béant sur une sombreur pis que la nuit,
J’entendais chacun, dans le noir, et au-delà, comme d’un puits,
Des trains express entrés en gare, un par un, s’en aller sans nous.

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Voyages

4 novembre 2011

Oh jour d’entrenuits ; il tombe des pierres,
Il tombe de l’âcre, il tombe du plomb
Et claque sans bruit le portal oblong,
Gardien de mes puits au fond d’un cratère.

Au-dehors le jour coule sans lumière ;
Doigt privés d’ivoire n’y font pas de son
Et si l’âme encore accuse un frisson,
C’est que dans le noir tombe Lucifer.

Les nuées ne font même pas de pluie ;
Toutes ces graines que j’ai vu planter
La terre ont emplie de stérilité ;
Dénuées de sens, les saisons s’enfuient.

Et tombe des nues tout ce qui s’ensuit :
Regards dans l’obscure, à n’en pas douter,
Hagards souvenirs que j’eusse emportés
Si j’avais un cœur où Selênê luit.

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12 novembre 2009 (sans sérieux)

Toute de noir vêtue dans les couloirs sans fin
Au bras, un bracelet – dont le prix sera tu –
Jambes encollantées – quarant’ deniers, vois-tu –
Elle déambulait, un lourd sac à la main.
Gracieuse comme un aigle – ou comme un aiglefin –
Elle semblait danser dans ses souliers pointus;
Ignorant les regards qui tombaient sur son ***,
Altière et indomptée, elle allait son chemin.
Descendant l’escalier comme une de Lussan,
Souriant comme dû à un enterrement,
Voici qu’elle sursaut’ ; de transport, elle s’étale.
Il se tient devant elle: un homme ! un vrai ! un grand !…
Il l’aide et la relève, il est blond et charmant,
« Attention », souffle-t-il, « jupe trouée… fatal ! »
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