Voyages

17 septembre 214

Si je m’assieds à la surface de l’étang
Sans t’y voir
Tout jour j’entends
Passer le vent gréé qui n’a pas de mémoire
Et se faire des vagues ridant son sillage
Sur l’étang
Qu’est mon visage
Et l’écho de ton pas muser de temps en temps

Quand tu viens me chercher en des yeux sans miroir
Sur mon bran
Tu sens le soir
Croisant tous les voiliers quittés par le jusant
Et les désespérances des caps ; fais-toi blanc
Sous la page
Rêve et attends
Que mes yeux vieillissants restent couleur d’orages

Publicités
Par défaut
Voyages

9 octobre 2010



Silence sur mes yeux car la brume m’enserre
– Comme choit la noirceur – infimement se meut
Et dans mes os, mon cœur, et mon âme, se veut
Infâme souveraine – où des soleils dansèrent !

À ma mémoire échappent les jours qui passèrent,
Aux étoiles filées j’oublie jusqu’à mes vœux ;
Ils ressemblent aux songes, ces halos fumeux,
Puis que tous sont éteints ; ma voie est un mystère.

– J’ai cru depuis l’aube des astres m’entourer ;
Vint le crépuscule ; n’étant plus éclairés
Ils jetèrent leurs masques – vains miroirs –; s’éteignirent. –

Ma voix gèle, au désert… Mais, oh ! l’inespéré !
Voici que me sourient des flambeaux ignorés :
Âmes resplendissant, ô âmes qu’hui j’admire !

Par défaut
Voyages

24 février 2010

La femme désolée comme la lande grise,
Assise sous le vent, ne voit pas les étoiles;
Courbée au bord du ru, elle amène la toile
Déployée au courant d’une triste chemise.
Absorbée par l’ouvrage, elle ne parle pas;
Mais son corps douloureux oscille, un peu crispé;
Elle fredonne une très vieille mélopée
Pour ceux qui ne reviendront jamais sur leurs pas.
La femme contenue comme la lande ardente
Arpente en ses pensées d’autres lieux, elle, encore,
Qui n’a jamais vu Rome et ne croit plus l’aurore;
Mais, lasse, elle poursuit sa tâche débordante.
Et ses mains vont et viennent, ainsi que l’eau amère,
Savonnant et battant le linge et les affronts
Ainsi, le tout dernier toucher que sentiront
Ces gens sera l’empreinte des mains d’une mère.
La femme dévastée comme la lande nue
Est fluette; elle a de grands yeux de chat-huant;
Son ventre flasque est mort. Y était-ce un bruant,
ou un enfant des fées ? Sa mémoire est ténue.
Elle est morte en travail, et n’a pu l’élever;
Une nuit lui reviendra son trousseau final,
Et quitteront ensemble la lande hivernale
La mère et, dans les bras, son enfant retrouvé.
Par défaut
Voyages

25 janvier 2008

 
Pas de malle aux trésors
Mais un carton rempli
De mémoire et d’oubli
Et voici que j’en sors
 
Des reliques d’époque
Aujourd’hui révolue ;
Elle n’était pas voulue
Mais elle était baroque.
 
J’avais un peu grandi,
Arrêté de vieillir
Et appris à cueillir
Le fruit presqu’interdit
 
Ce fut un entre-temps,
Le temps d’un aperçu
Il reste des tissus,
Des boucles et pendants ;
 
Des éclats d’escarboucle
Accrochés à ma vie
Ne reste qu’un lavis,
Et le cercle se boucle.
 
Par défaut
Actualités et politique, Non classé

10 mars 22:54

    Ce soir il faut que j’écrive. Il s’est passé tant d’événements en quelques jours, que j’ai l’impression qu’ils ont remplis dix de mes années, et pourtant ces événements pourraient être réduits à quelques mots – incapables d’exprimer l’étendue de leur importance.
    Deux morts tragiques autour de moi, et leurs conséquences. Deux morts qui sont arrivées à des personnes qui ne se sont jamais connues, deux morts arrivées à plusieurs heures d’intervalle. deux morts qui n’ont a priori rien à voir, et qui pourtant seront inextricablement liées dans ma mémoire. Parce que. On ne le dira jamais assez. Il faut dire aux gens qu’on les aime, les connaître quand il est encore temps. Parce que. La mort arrive toujours trop tôt, qu’elle tombe sur quelqu’un qui est âgé de 87 ans ou sur quelqu’un qui n’en a que 18. Parce que. Le fardeau des jamais plus est toujours trop lourd pour que nos larmes aient encore à porter tous les jamais.
    Les larmes, parlons-en. Il est des situations où on se rend compte qu’elles ont parfois coulé sans raison suffisante, et où on aimerait pourtant pouvoir les retenir quand un éclair de pudeur nous prend, sans y parvenir ; un peu plus tard, quand on n’en a plus, on aimerait qu’elles coulent encore, qu’elles nous lavent de notre peine, qu’elles nettoyent les écorchures faites par la vie à laquelle on se frotte ou qui se frotte à nous sans qu’on lui ait rien demandé.
    Alors on pleure en dedans, sur tous les souvenirs qu’on a comme sur ceux qu’on n’a pas pu avoir et qu’on ne pourra jamais se faire. On pleure sur ceux qui n’en auront jamais plus, on pleure sur le monde dans lequel il faudra continuer à vivre, un monde sans ceux qui ne sont plus, on espère – qui que l’on soit – qu’ils ont trouvé une paix, peut-être une autre vie. On pleure parce que la nôtre continue malgré tout, parce que le soleil continue à se lever, la terre à tourner autour – la réalité est stupidement cruelle quand on y pense.
    Car on pense. Beaucoup, sans doute mal, sans savoir ce que l’on cherche vraiment. On réfléchit par ce que peut-être réfléchir nous aide à ne pas penser à nous-même, à notre propre souffrance. Mais en fait, on souffre quand même, on se referme peut-être pour ne plus voir ce monde qui nous blesse; et on cependant on entrevoit, entre les larmes qui nous noient le cerveau, que quelqu’un essaye de nous aider à continuer à aimer ce monde.
    Des gens autour de soi, des gens qui ont la même peine, mais qui la portent autrement. Des gens qui sont là pour les autres – peut-être pour s’oublier eux-même. Des gens que l’on admire pour cela. Des gens qui eux sont en vie, qui vous font comprendre qu’il reste du monde à aimer, de la vie à vivre avant la mort, qui vous rappellent que d’autres vies commencent.
    Alors, peu à peu, ces personnes qui étaient vivantes – qui ne le sont plus – deviennent des souvenirs, mais des souvenirs que l’on aime, des souvenirs de gens que l’on se souvient avoir aimé. On réapprend, à vivre, à sourire à d’autres personnes.
    Profitez de votre vie, faites-en profiter les autres, dès que vous le pouvez, dès maintenant. Il n’est pas trop tôt, jamais. Vivez – parfois c’est dur.
    Je remercie tous ceux qui m’ont entourée et qui sont toujours là. Je vous aime.
Par défaut