Voyages

27 mai 2013 – En Fiance

Dans cette demeure les murs

Ne servent qu’à tenir le toit

Au-dessous de la pluie

Du feu des jours et des nuits

À arrêter les colères du vent

Et les portes battent en riant

Des mains

Ou pivotent consciencieusement

Le doigt

Sur leur grincement

Pour ne pas réveiller

Le chat qui dort

L’enfant qui lit

La mouche qui rêve.

L’araignée sur la fenêtre

Ne s’occupe tout le jour

Que de philosophie

Et regarde tourner la poussière

D’un air entendu

Saluant ses ancêtres

Ses amants

Ses enfants

Dans les deux-quatre reflets

Des vitres

Et quand viennent les gens

Et sur leur visage creux

Le soir

Elle salue pareillement.

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Divertissement, Voyages

17 septembre 2011 (sans sérieux)

– 

Alors que m’en venais sur le chemin
Emplettes à mon bras, au lieu d’un mouchoir
Ma veste par mégarde laissai choir
Et de désespoir m’en tordis les mains

– 

Malheureuse, avais déjà traversé
Et mon vêtement gisait, en pâture
Livré au terrible flot des voitures ;
Le cœur me manquait pour m’y élancer.

– 

Que faire sinon ? Sous un ciel muet
Le château, hautain, me considérait
En bas les badauds passant ignoraient
La détresse étreignant mon corps fluet.

– 

Surgit alors à ma grande stupeur
Un jeune héros, droit sur sa monture,
Casqué de cheveux bouclés, quelle allure !
Vint à ma rescousse, ignorant la peur.

– 

Avec la puissance et la rude grâce
D’un cavalier hun, qui peut cependant
Qu’il est au galop, cueillir de ses dents
Au sol une fleur, mon champion fit face.

– 

Se baissant, saisit, tout délicatesse
À terre l’atour qu’il brandit vers moi
Bravant la mêlée ; lui souris d’émoi
Puis laissai filer pour d’autres prouesses.

– 

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24 février 2010

La femme désolée comme la lande grise,
Assise sous le vent, ne voit pas les étoiles;
Courbée au bord du ru, elle amène la toile
Déployée au courant d’une triste chemise.
Absorbée par l’ouvrage, elle ne parle pas;
Mais son corps douloureux oscille, un peu crispé;
Elle fredonne une très vieille mélopée
Pour ceux qui ne reviendront jamais sur leurs pas.
La femme contenue comme la lande ardente
Arpente en ses pensées d’autres lieux, elle, encore,
Qui n’a jamais vu Rome et ne croit plus l’aurore;
Mais, lasse, elle poursuit sa tâche débordante.
Et ses mains vont et viennent, ainsi que l’eau amère,
Savonnant et battant le linge et les affronts
Ainsi, le tout dernier toucher que sentiront
Ces gens sera l’empreinte des mains d’une mère.
La femme dévastée comme la lande nue
Est fluette; elle a de grands yeux de chat-huant;
Son ventre flasque est mort. Y était-ce un bruant,
ou un enfant des fées ? Sa mémoire est ténue.
Elle est morte en travail, et n’a pu l’élever;
Une nuit lui reviendra son trousseau final,
Et quitteront ensemble la lande hivernale
La mère et, dans les bras, son enfant retrouvé.
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13 novembre 2007

 
La conque du temps résonne : la voix
Aux accents divins a un ton meurtri,
face aux bris de ce qu’elle avait pétri
Pleure Kybèle, Kybèle ! Le Monde est en marche.
 
Voici que déjà surgissent du sol
– Terre nourrissant Blés et Tournesols
Dont les hommes ont fait, de leurs mains avides
Plaine dévastée aux entrailles vides –
 
Les tours violettes, et octogonales
Qui lancent leurs flèches à la verticale:
Élans silencieux, assauts démentiels
Des crêtes d’acier pour percer le ciel.
 
Des nuées croulant fondent les convois
De monstres sublimes, que montent, hurlant
Les héraults casqués : Humain, qui, si lent,
Fuis vers ton abîme – cette fois point d’arche  –
 
Et qui que tu sois, ne crains pas la mort
Face à laquelle frémirent ! tes aieux
Au sang incarnat coulant sous des cieux
Que striaient parfois les grands sycomores :
 
Impudent, tu as cru emplir le monde ;
Ton âme à jamais perdue vagabonde
Tandis que de tes crocs, déchiquetant
Espoirs et Beautés, crève le printemps.
 
Ton chœur impatient n’admet qu’une voix
  – Lâche immensément ou bassement grande  –
Mais des milliers de gorges qui scandent
Ô, Babel, Babel ! Le Monde est en marche.
 
 
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Premier Amour (13 janvier 2007)

 
Je l’ai aimé comme aime la jeunesse. Il était plus indépendant que moi, peut-être un peu plus âgé aussi. Ses parents lui avaient offert son propre moyen de transport. Il faisait crisser les roues sur le goudron ; il venait chez moi, je l’attendais ; je le menais dans ma chambre, et là nous jouions aux jeux innocents auxquels on joue à deux lors que l’on a cet âge.
Il avait un prénom de petit dieu celte, un regard vif et bleu et des cheveux blonds comme des cheveux de tout petit enfant.
Je me dis parfois qu’il ne m’aimait pas vraiment. Jamais il ne l’a dit explicitement, et je n’ai pas mendié les trois mots qui m’en auraient assurée. Quand il est parti pour la grande école à laquelle ses parents le destinaient, je n’ai pas reçu de lettres de lui, et depuis lors je ne l’ai plus jamais revu. Mais parfois je ne peux pas m’empêcher de repenser à lui…
Je le revois encore, grand et fier comme dans mon souvenir, son engin lancé à fond dans la rue étroite de notre village, les cheveux rendus fous par la vitesse, les deux mains fermement serrées sur le guidon.
Ah ! qu’il était beau sur son tricycle !
 
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