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10 juin 2015

Tout à l’heure dans le fond du bus un genou m’a évoqué certaine beauté actuelle. Le genou en question, les genoux en fait étaient à jour dans les paupières en amande d’un jean noir fendu horizontalement à cet effet, et appartenaient à une jeune femme un peu grêle, assise en face de moi, à la peau de terre cuite. L’ovale de peau, de la taille d’une feuille de laurier (-sauce) était piqueté de noires traces d’épilation et je ne pus m’empêcher de penser à la peau d’une volaille rôtie là où l’épaisseur en laisse rappeler le plumage qu’on a arraché. Ridicule. Propre à la consommation.
Et puis la jeune femme noire entreprit de compléter le maquillage de sa figure mince. Je vis alors les cheveux, défrisés et lissés, sauf tout aux bords du visage où, plantés à l’extérieur de certaine délimitation, trop courts, ils étaient plaqués dans leur ondulation sur la peau teintée, dans laquelle ils étaient censés se fondre. « Le visage commence ici », semblaient-ils signifier. Les sourcils aussi étaient indiqués avec application, les yeux, crayés. La bouche, glacée dans cette couleur que les fraises prennent un instant avant de pourrir. « Tout doit être net. » Pourquoi faut-il mettre tant de sévérité à contrarier – comme celles de soi au monde, comme celles du corps aux autres corps, de l’homme aux bêtes – les douces transitions du corps ? À y planter des frontières et y tapisser des images (de rêves sans enchantement) ? Et l’harmonie de l’ensemble est assez souvent sacrifiée. Une allure ? Un patchwork de standards. Avoir l’impression de se soustraire peut-être aux phases de la lune, aux inflexions des méridiens, aux processus de la vie à la mort. De vie, que reste-t-il ?… Marie Shelley n’est pas loin. J’ai pensé encore à ces lignes noires traçant des dessins grossiers que l’on reproduit à la photocopieuse – c’était le cas dans mon enfance du moins ; j’imagine qu’on les obtient en pédéheffe (format de documents portable) aujourd’hui, ou qu’on les scanne – pour en distribuer un exemplaire à des enfants, avec la consigne formelle de le colorier « sans dépasser ». Curieusement, à ce stade ils arrivent encore à produire des œuvres un tant soit peu originales – dans leurs premières années – et, de façon moins curieuse, les plus remarquables sont souvent le fait d’étourdis qui ont allègrement franchi les traits, ce à quoi, suffisamment réprimandés, on finira bientôt par ne plus les reprendre. Ainsi cette jeune femme empêchait-elle sans doute ses sourcils de déborder, son corps de déborder, et son âme et son être et les poils de ses genoux.

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Maïsha (Tentative de traduction seconde)

Maïsha

 

Seule, écoutant la lune,

Une orpheline pleurait dans le noir ;

Seule, écoutant la lune,

Maïsha* appelait au secours ;

Elle avait tant et tant marché

Qu’elle en avait perdu sa route.

Tous connaissent son histoire

 – Mais son nom, qui le connaît ?

(bis)

«  Ô Lune, es-tu là ?

Reviens la consoler.

« Ô Lune, es-tu là ?

Qu’elle retrouve le sommeil !

« Ô Lune, es-tu là ?

Reviens la consoler.

« Ô Lune, es-tu là ?

Je t’en prie pour Maïsha ! »

 (ter)

*Le prénom Maïsha signifie vie, âme en swahili.

D’après :

The Idan Raichel Project, Maisha

http://irpforum.nstars.org/t27-lyrics-translation

et Lexilogos : http://www.lexilogos.com/swahili_dictionnaire.htm

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Sombre dimanche 4 décembre 2011 – Sept mois, trois jours et quelques heures

Quand les oiseaux de lave se lasseront de pleurer

Leurs larmes d’encens fragrant ensemencées

Quand la lune descendante aura du passé

L’eau de rivières bue

Ami j’enserrerai tes ailes brisées

Par l’air mauvais

J’aurai limé mes griffes

J’oindrai ta tête des mille et un parfums

Des fleurs qu’elle fait pousser,

Et le nez plein nous irons cueillir les colchiques

Et les champignons dans leur crêpe enlisés ;

Mais le feu qui te brûlait a filtré en tourbe humide

Le soufre me pique le nez et les yeux maladifs,

Je ne savais pas que

Je veux hurler

Que pourtant je savais

Aux étoiles impavides qui ne sentent pas brûler

L’herbe qui dort, elle est repue ;

Et la lune implacable blanchit la steppe sans fin

Et la steppe est vide.

J’y marcherai à ton côté Ami, rire orpressé.

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Voyages

17 août 2010


J’allais parmi la brume, et les cieux endeuillés
Fermaient là-haut, sur ma tête, leur aile noire
De noirs corbeaux muets; l’air était d’encensoir,
L’ombre était de tombeaux aux cyprès effeuillés.

Mon pas oppressé mène lourdement
À un tronc, lourd de chagrin, qui m’épaule :
– Dis-moi, quelle est cette peine, grand saule
Sous lequel je vais verser mes tourments?

Folie m’étreint; l’arbre répond. Propos
Qu’il tint en moi allèrent se ficher.
– Pleurez l’amour infini et sachez
Que l’ire est noire et l’ombre sans repos.

La brume dissipée fit découvrir la terre;
A mes pieds rayonnaient mille chemins connus
Que la lune implacable éclairait, morne et nue…
Mais au champ ressemé reste beaucoup à faire.
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Voyages

13 mars

Sous des ponts étoilés, des traînards à tâtons
Partent à la recherche du juste équilibre
Et de la bonne hauteur, jusqu’à ce qu’enfin vibre
Autour d’eux l’air du soir, sous des ciels de béton.
Du socle bien réglé naît l’échelle des tons
Que façonnent leurs lèvres: vit ainsi l’art, libre
Par eux – sans doute ont-ils en eux la même fibre;
Ce sont cordes à notre arc alors que nous chantons.
Si la voix peut, multiple, grimper, aussi leste,
Si ce plaisir sans âge est le même, et qu’il reste,
Lors on peut bien fausser la roue de la fortune;
Puisqu’il n’était pas décrit de cadre céleste,
Puisque n’y bruissait aucune harmonie terrestre
C’est qu’on peut, et rêver, et embrasser la lune!
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