Voyages

4 novembre 2011

Oh jour d’entrenuits ; il tombe des pierres,
Il tombe de l’âcre, il tombe du plomb
Et claque sans bruit le portal oblong,
Gardien de mes puits au fond d’un cratère.

Au-dehors le jour coule sans lumière ;
Doigt privés d’ivoire n’y font pas de son
Et si l’âme encore accuse un frisson,
C’est que dans le noir tombe Lucifer.

Les nuées ne font même pas de pluie ;
Toutes ces graines que j’ai vu planter
La terre ont emplie de stérilité ;
Dénuées de sens, les saisons s’enfuient.

Et tombe des nues tout ce qui s’ensuit :
Regards dans l’obscure, à n’en pas douter,
Hagards souvenirs que j’eusse emportés
Si j’avais un cœur où Selênê luit.

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Non classé, Santé et bien-être

21 novembre 2010

Novembre ; je suis en exil. Novembre est-il partout le même ? Je le crains, oh ! oui, je le reconnais bien, il me délivre ici la même hypocrisie, mensonge latin d’une gestation qui arrive à son terme… onzième mois. L’enfant est-il né – quel enfant ? Je le crois, septembre m’offrit le voyage et la bohème, et la nouveauté à l’envi. Il y avait cette foule d’arbres, et les lumières sur le fleuve, dont je pensais pouvoir subsister… l’automne vint.  D’arbres il reste ces silhouettes décharnées – quelques copeaux rouges sang s’y balancent encore tristement – trop disséminées, on voit au travers. Et toute cette eau, prétendument sauvage, toujours je la vois – trop fade bien que jamais la même – couler dans le même sens, toujours, et je m’y jetterais bien pour retrouver l’immensité salée vers laquelle elle fuit sans relâche. Novembre, je te connais bien, ta noirceur terrible, je la supporte dans le souffle de la multitude des cadavres de feuilles qui tourbillonnent, dans la force des essences décennaires qui ont essuyé d’autres tempêtes et que je vais voir debout année après année, dans la familiarité des chemins inconnus qui partagent pourtant ce même passé péninsulaire ; je l’accepte dans l’odeur de goémon des vieilles criques, dans la splendeur des orages qui remuent la majesté de liquides démesures, dans le mugissement des vents – mot euphémique – qui recèle des rires salés d’amphibiennes, des cavalcades d’esprits cornus, des chants et déchants tintinnabulants d’enfants de la nuit. Mais ici ? De nuit comme de jour elle suinte dans l’obscure inhospitalité d’un environnement indéchiffrable ; tu la laisses dégoutter dans le vide de mon entendement, sans qu’aucun vent ne la balaye ni qu’aucune pluie ne la lave, et elle se répand sur les derniers miroitements chaleureux, assombrissant tout de ce qui m’est déjà étranger. Novembre : l’antique épreuve prend un visage déconcertant. Comment traverser ce mois de ténèbres, et ses rets aveugles qui m’enserrent ; oh, noire mélancolie, faut-il que tu t’imprègnes de nostalgie ? J’erre entre mes murs, car je crains maintenant la morsure d’un froid purulent. Miel et épices sont à peine assez pour mon corps ; comment nourrir mon âme ? J’ai bien tenté, en arpentant les rues et les chemins mal aplanis, en visitant l’ancienne forteresse et l’histoire de ces lieux, de trouver la lumière intérieure de cette région au charme énigmatique. Seules me répondent des angoisses anciennes. Mes yeux fermés voient des forêts aux odeurs de sous-bois puissantes, craquetant de branches et de pas étouffés, et des vagues immenses portant avec fracas la violence pure et souple crêtée d’une écume chuchotante, lames de sel toujours plus grandes, jusqu’à la déferlante. Mes yeux ouverts, remplis d’absences, souffrent de tendresses enfouies pour des gens et des lieux qui ne sont plus à ma vie. Affreux novembre, affreux, cette terre trop lointaine altère tes ruses et les fait insondables. Ailleurs, le mois est noir, autour de mes paupières recloses.

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18 juillet 2010


De nuit éparpillée naît l’aube lentement,
Barbouillée de nuée ; les gens qu’elle réveille
Œuvrent à balayer des excès de la veille
La ville ensommeillée, silencieusement.

Les femmes impassibles aux cheveux de sinople,
Allongées dans leur rêve au fond de la rivière,
En songe voient passer sur leurs yeux de lumière
Déchets qui rouleront jusqu’à Constantinople.

L’épais trottoir sans âge, de mauvaise humeur,
Fait le dos rond aux mouettes qui entr’ouvrent l’aile,
Blanches sur le pavage aux lignes poivre et sel,
Grises dessous le ciel qui déploie ses couleurs.

C’est dans une eau plus trouble, au jour adolescent,
Que jouent à cache-cache des poissons de fer,
Miroirs doubles tranchant l’onde – l’un, ventre à l’air,
Gît dans un flot d’ordure, où le soleil descend.
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27 Avril 2009

Il y aurait un chat, œil vert en robe grise ;
Il y aurait un arbre, à ses longs doigts poindraient
Les premiers bourgeons; la pie s’y poserait ;
Le chat miaulerait, pour la forme requise.
Et dans le jour serein, le chat, la moue exquise
Contemplerait son arbre, y voyant la forêt ;
L’arbre, tout attendri, à son chat sourirait.
Sous un soleil ancien, les voici qui devisent.
Car telle est notre vie qu’elle ne laisse fixer
Les instants les plus beaux des instants partagés
Que pour les savoir fuis et nous en affliger.
Trop de mélancolie vient encore à passer
Par l’œil vert interdit, à la vue dégagée ;
Mais l’arbre est abattu, et le ciel est chargé.
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30 octobre 2008

 
Dans le jour rabougri, au velours du ciel gris
Naît le pourpre et charrie le mépris à l’entour
Des détours de l’esprit, et fleurit le pas lourd –
Dans l’aujourd’hui souris – des « toujours » amoindris.
 
Colibris en discours, en flatteries vautours
Je me ris de vos tours, je recourbe vos cri-
Ailleries sans tambours ; je suis sourde et sans cri :
L’amaigri fleuve Amour s’est tari en retour.
 
Les beaux jours ont pourri ; les atours ont flétri
Tout recours a péri des soieries du parcours
Qui m’entourait ; j’écris : coloris troubadour ;
Demi-jour qui mûrit… je n’encours qu’incompris.
 
 
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