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4 avril 2016

 

Les branches sont couvertes de fleurs nouvelles
Le jardin, de constellations bleues et violettes
Moi, je ne peux ouvrir ma fenêtre
Je suis dans le noir
La lumière ne m’atteint pas
Le soleil s’est retiré

Il me semble que le ciel est une marée vermeil
Et le sol, un bourbier pourpre
Que l’on m’a brisé et les pieds et les mains
Car je ne peux me lever
Ni embrasser
Tout m’est interdit

Aux yeux du printemps suis-je criminelle
La nature rejette-t-elle mon amitié
Est-ce déjà la vieillesse
Et dans quel exil gît mon cœur
Faut-il saigner
Faut-il mourir

Il me semble que le monde est un jardin funèbre
Et la vie, une illusion
Que l’on m’a brisé les ailes et la queue
Car je ne peux m’envoler
Vers ce que j’aime
Il en soit ainsi

Les arbres se couvriront de baies nouvelles
Les routes, de constellations bleues et violettes
La liesse éclairera ma fenêtre
Mon chant sera noir
Le soleil n’entrera pas
Où je serai retirée

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Roule une voiture noire
Roule

Debout un vieux bêche dans son jardin
Il porte la troisième syllabe de son prénom
Sur le visage
On sursaute
À haute voix
Je la lis.

Stoppe au bord du trottoir
Stoppe

Troisième syllabe aussi
La pelle à la main Dame
Les yeux ronds la bouche ouverte
Il répète les prénoms quoi d’autre
Il fait lourd
Moins qu’hier.

Voilà une histoire
Vois

On arrive au bon moment
S’il en faut un
Nouveau chien grand chat
Que l’on connaissait tiens
Elle, dans l’escalier en béton,
Épaule cassée…

Bien sûr la voir
Bien

Toute fine elle dit
Que j’ai grandi
Tout ce temps Non
C’est que je marche au-dessus
Du sol Du jus d’orange des galettes
Au beurre sers-toi…

Leur horloge armoire
L’heure

Sourire demander rien
Écouter
Des chiffres dont tout le monde
Se fiche tout ça
Pour retrouver leurs voix, r, ch
Une demi-heure dans la vie…

Roule une voiture noire
Roule

24 juillet 2013 – Bongré

En passant
Santé et bien-être, Simplement

15 mai 2013 – Vanité de ma tristesse

C’était peut-être le soleil qui m’avait réveillée, bien qu’il ne fût qu’indifférent, caché derrière des nuages qui n’étaient pas à lui et par des rideaux gris que j’avais tirés la veille et qui n’étaient pas à moi. Ou bien, dans mon rêve déjà, était-ce la pensée, sous une autre forme certainement, une forme inexploitable, perdue, mais dont la trace aurait perduré après que j’aie eu ouvert les paupières, mes paupières du monde aux rideaux gris. Je suis restée allongée, sur le dos, sans envie de me lever, sans doute n’avais-je pas plus envie de me rendormir. J’ai mis quelques minutes – ici quelques est indéfini, peut-être deux, peut-être quarante, je ne sais pas mais je n’eusse pas su non plus – à me rendre compte que j’étais triste, plus triste que d’habitude cet hiver. En effet, l’hiver se moquait bien d’être enterré au calendrier et prolongeait cette espèce de torpeur malsaine, délétère, presque morbide dans tous mes membres, mes muscles et mes nerfs qu’il avait commencé à y instiller depuis bien avant son début légal, me celant la saison des ocres et des dorés que l’on peut observer de près, et même y toucher une branche ou deux avec les doigts sans avoir l’impression de mourir par les mains, voire la faire craquer, s’en servir de canne, et cetera, tout ce que je n’ai même pas recommencé à faire depuis, mais déjà l’écrire me fait du bien ; j’y pense et cela existe, justement. C’est un soulagement que je n’avais pas ce matin-là.

La tristesse tranquille, néanmoins suffisamment insistante pour que je pusse l’identifier flottait sous forme de nappes dans ma poitrine, ou autour ; déjà je sens bien comme écrire est insuffisant à décrire, encore plus à rendre. Mais j’épuise déjà mon propos avant d’évoquer ses prémices. Dans cet état diffus je pensais au passé, plus exactement à certaines personnes et circonstances, avec des lieux, des odeurs, des sons, des occasions qui se présentaient autrefois avec tant de naturel que l’on était touché sans s’en apercevoir et qui ne se présenteront plus jamais, que dans le souvenir ou les évocations (mais avec qui évoquer ?). Et tandis que j’essayais de tirer du bout des doigts de ma pensée certains souvenirs pour les faire glisser vers moi et les contempler de plus près, je me rendis compte qu’ils chevrotaient, ou qu’il y avait un genre de buée par-dessus ; des voix, des visages m’échappaient ; la forme d’un meuble, une appellation et même, plusieurs fois, un nombre d’années. Bien sûr, tout passait, et c’était d’ailleurs contre ce fait que l’on écrivait, ou du moins pour que cela passât moins vite, mais alors n’échouait-on pas ? Je me demande encore s’il vaut mieux échouer à rendre une impression ou faillir en prenant le parti de ne pas la dénaturer, pour finir par la laisser mourir intacte. Donner du lard pour du cochon ou tout perdre et ne pas se retourner… sauf qu’il arrive que l’on se retourne. Et cela vous rend triste.

À quoi bon vouloir dire, me demandais-je, puisque dire « le jardin de mes grands-parents », ce n’était déjà plus le jardin de mes grands-parents, mais un endroit qui n’existait plus que pour moi, une idée intransmissible, la porte close sur « il y avait un banc de pierre qui était chaud l’été et dessus la neige fondait moins vite l’hiver », « le chat qui venait d’au-delà du mur par la branche du poirier, nous l’appelions Minouche », « la tortue inévitable faisait froufrouter les feuilles de rhubarbe », et ainsi de suite, et même pour moi l’angle de la porte se referme avec le temps ; il viendrait un moment où je serais forcée de repasser par ces mots-ci pour retrouver les souvenirs, voire recréer des souvenirs du néant. Il n’existait pas, il n’existerait jamais suffisamment de mots, les mots justes ; la poésie bien sûr s’occupait de tendre des fils dans tous les sens pour cerner une fulgurance et en rayonner, mais déjà les mots qui existaient étaient oubliés, figés, comme empesés et exténués.

Quel marasme ! cela fuit de toutes parts ; même si je n’oubliais rien, et c’est vrai que je n’oublie rien, j’oubliais tout moi aussi, et en prime je m’en rendais compte, et de toute ma vie ce que je pourrais tisser, engranger, cueillir, imaginer (et tout cela dans le désordre car cela vient toujours ainsi) ne serait que peine perdue à la longue même pour moi. Oui peut-être juste pour moi : en effet je passerai, j’ai déjà commencé à passer comme je me trahis moi-même à mesure que je crois que je change, et quand je serai passée tout à fait on oubliera mon visage, ma présence hormis quelques traits caricaturaux qui s’estomperont eux aussi, et puis mon nom, et peut-être après toutes les dilutions l’idée de moi retrouvera-t-elle une certaine intégrité en sombrant intégralement dans le néant. J’ai fini par me lever et, ouvrant les rideaux gris, très certainement par constater l’état lointain du soleil, ou peut-être bien que je me trompe déjà.

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Musique

14 mai

Aujourd’hui, j’ai envie de faire découvrir aux deux personnes et demie qui passeront par ici un groupe allemand. Ils classent leur musique en « pagan folk » je crois; j’y retrouverais pour ma part des influences médiévales et plutôt celtiques. J’ai choisi ce morceau que j’aime beaucoup, et parce qu’une une vielle à roue n’est pas vraiment l’instrument le plus courant actuellement. Le décor est pour le moins agréable, ce qui ne gâche rien.

  

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