Voyages

11 décembre 2010

Des paroles sont hypocrites, qui singent l’humanité et l’amour avec plus de véracité que l’amour vrai.
Je regarde par la fenêtre et mes yeux tombent sur le parking désert ;
Un chien noir allonge sa silhouette sur la neige blanche, se pointille un chemin argentique.
J’ai froid et il est vain de me parler en ces moments où mon esprit s’est glissé derrière mes yeux.
Le bonheur immense de lire est encore perdu, puis retrouvé.
Les tambours invisibles ne m’ont pas encore troublée, faisant resurgir mon intime fureur.
Un soir va s’immiscer.
Je marcherai seule dans la nuit et dans la boue, sous une pluie noire ;
Les arbres, barreaux protecteurs, me cèleront, isolant chaque endroit, chaque instant en lui réservant sa singularité.
J’entreverrai des bizarreries et une famille de corneilles veillant sur mes pas – avec gravité – du haut d’une fourche noire déplumée.
Mon cœur plein de son vide sera disponible au repos de tous les esprits silencieux.
Je créerai un autre espace, à force de ne plus voir celui-ci.
Je retrouverai les lueurs et le bruit, et je retournerai vers l’ombre et tous ses silences humides.
Les chemins que je devinerai seront bosselés et minces comme la roue des vélos qui les ont dû ouvrir.
Il n’y a pas dans l’univers que je peux pressentir de sens aux mots tels que peur, lassitude, angoisse.
J’y avancerai, émerveillement sans limite et sans partage ; ma solitude est l’inverse de la solitude.
Mon itinéraire est une boucle où tout sera nouveau sans m’être étranger.
L’eau, au milieu, est sans parole et ne me ment donc pas.
Je ne lui parlerai pas non plus. Je rentrerai, longée par les arbres, et j’aurai encore changé – Je suis comme le ciel ou comme l’eau salés.
Il n’y aura pas de désir autre que celui, tranquille, qui mène sur la vie.
Je ne connaîtrai pas encore Nick Drake.
Je m’allongerai, dans ma nuit qui était vide de couleurs et vide de moi. Il fera bon et plein.

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22 mars

Aujourd’hui, mon père m’a demandé si j’avais envie d’aller à A. – sous-entendu : l’été prochain.

Le souci n’était pas uniquement le peu de lien que je ressens avec ce pays dont la splendeur est passée comme un rêve, et qui est à présent gangréné par la corruption, la prostitution et autres mots en -tion. Allais-je supporter toutes ces heures d’avion pour atterrir au milieu de ces gens, atterrir à mille lieues de ces anciens nostalgiques de la colonisation dont la fierté est de parler français envers et contre la marche du monde, et de cette jeunesse qui oscille entre rigidité des traditions et dépravation désenchantée, et puis m’appesantir dans un de ces hôtels climatisés aux multiples étoiles proposant un luxe indécent pour ma culpabilité occidentale en attendant de suivre un circuit prévu à l’avance pour regarder de loin une huitième merveille antique ; allais-je surtout être obligée de marcher dans les pas de mon père, à moitié fière d’appartenir par le sang au destin d’une famille là-bas éteinte qui a connu son heure de gloire et celle d’héroïsme silencieux, et aussi à moitié importune, pas assez souriante, pas assez obséquieuse, pas assez effacée, pas assez, en un mot, conforme – aux attentes placées en moi ; dépendre de quelqu’un qui me fait bien assez sentir tout ce que je lui dois et que je ne crois en grande partie pas devoir, dans un pays dont je ne parle pas la langue, où je ne pourrais marcher seule quelques instants sans risques, enserrée dans une tiédeur moite que j’imagine assez me contraindre à cette lenteur impassible qui caractérise si bien les gestes des apsaras, la modernisation des appareils étatiques, la lutte contre le sida et les sourires hypocrites des hommes ?

 » Non.
(à ma soeur) Qu’est-ce qu’elle a dit ?
– Elle a dit : non. »
Long silence, que j’imaginai plein de déception, d’incompréhension, presque d’une désillusion… enfantine.

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