Santé et bien-être, Simplement, Voyages

16 mai 2017

Suave langueur
Entre les fenêtres montrant les moutons innombrables me tournant le dos
Retour d’une mélancolie légère
Après l’éveil de la chair enfin ébranlée par les rayons qui font mûrir la peau
Temps funambule
Ce sont les instants bénis sous le visage encore chaud
Appel sans nostalgie
Toute la lumière des années fondant sur l’humeur de mes eaux
Souvenirs fantastiques
Larges bleus obsédants
Glissant des fonds secrets de mon enfance caressant les jeunes roseaux
Clarté élémentaire qui se donne
Manifeste corps immensément peuplé dans lequel exister le temps d’un envol de corbeau
Muette symphonie
Avant les signes du soir toucher du bord des lèvres au calice d’un lis d’eau
Sentiment pathétique
Pour m’animer encore scintillent de lits de rivières de larmes d’hommes les vibrants tableaux
Désir de l’essence des autres
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Non classé, Simplement

(peut-être mars 2015)

Il faut écrire sur les voyages (on the car) ; si les impressions manquent de la distance souhaitable pour les jauger tout entières, avec celle-ci vient souvent la fadeur ; souvent aussi, l’oubli. J’aime voyager, au moins me déplacer, être portée par un véhicule et glisser dans le monde en le voyant changer d’apparences. Quelques pauvres jours passés au contact d’êtres qui me sont chers rouvrent sur le monde les fenêtres qui sont dans moi et je sens plus que jamais les similarités – non toujours de vues, mais des paysages intérieurs où peuvent s’ébattre nos pensées – qui nous attachent. J’ignore si les terrains intellectuels, plus que ceux de l’art, me sont une indispensable patrie. Je connais à présent combien mes sensations ont plus de vie après que j’ai secoué comme un chien qui sort de l’eau la gangue paisible où ma raison fossilise inachevée. Alors que de stériles discussions, avec des esprits légers ou obtus me laissent vidée, déconfite et, si mon vis-à-vis a plus de tenue que moi-même (hélas, c’est souvent le cas), ébranlée, morcelée, vide des arguments qui dirigent ma conduite et me reviennent une fois quitté le champ de bataille, les âmes éclairées et éclairantes me poussent au contraire à dégrossir chacune des formes que j’ai pressenties, à la ciseler jusqu’à ce qu’elle supporte leur sceptique attention, qui se posent sur des détails qui m’étaient jusqu’alors insoupçonnés. Dans la surprenante inquiétude qui m’habite, moi qui raisonne et ambitionne de vivre en dépit de lui, du jugement d’autrui [


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5 janvier 2009

 
Quand le monde dévide trop d’interminables abîmes
Qui étirent tristement l’ombre portée d’une vie
Jonchée de ces minutes que l’aiguille seule imprime,
Quelques rondes infinies passant pour des décennies ;
 
Comme l’aube maladive attend toujours le soleil,
Et qu’un vague souvenir étend l’ancien crépuscule
De l’âme à l’oeil, cependant que gît la nuit sans sommeil
Couleurs tues y pullulant, pensées jouxtant la virgule ;
 
Alors qu’on sait détraquée la subtile mécanique,
Que le plus pur enthousiasme a heurté l’air ricanant,
Que seul soutient l’édifice l’enfant en soi qui panique
Devant sa vie morcelée, froid puzzle aux bouts tranchants ;
 
Si chaque pas résonne dans le vide assourdissant
De gens qui n’existent pas, des rêves qui ont cessé,
Au bord muré des fenêtres élancés et trépassant,
Que le calme est apparent mais le mouvement forcé ;
 
Restent ma vie que j’ai prise et qu’il faut que je rédime
En rendant ce qu’on m’offrit, il est temps, je le redis ;
Mon petit cœur qui palpite, insolent qui me réveille
En refusant d’abdiquer, et toujours la nuit recule.
 
Restent ces instants fleuris, à mon chapeau je les pique ;
Chaque rose a des épines ; tout destin a son piquant ;
Il fut des sourires fortuits ; je n’aurais pu m’en passer
Et à vous – qui l’ignoriez – je dis merci en passant.
 
 
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16 juillet 2006

Sur la mer un bateau
Un bateau tout léger
tout léger comme plume
Comme plume emportée
Emportée par le vent
Par le vent qui me dit
Qui me dit Je ne suis
Je ne suis que le vent
Que le vent de l’été
De l’été, si j’en veux
Si j’en veux accrocher
Accrocher aux fenêtres
Assoupies et glacées
De mon palais d’hiver
Mais, dis-je, je sais bien
Que tu n’es pas le vent
Tu n’es que le temps qui
Me propose, cruel,
Un bel été si plein
De soleil et de mer
De danses et de baignades
De chants et de marées
De rires insouciants
Comme de cris de mouettes
Que tu veux que j’oublie
Qu’il doit finir un jour
Que tu viendras vite
Reprendre ton été
Oui, je sais tout cela
Mais je ne te vois plus
Et je ne t’entends pas
Tiens, au fait, qui es-tu ?
Je n’entends que le chant
Que le chant doux des vagues
Doux des vagues, Si doux que
Si doux que quelque chose
Quelque chose m’échappe
M’échappe pour filer
Pour filer doucement
Doucement dans le sable
Dans le sable allongée,
Allongée, j’aperçois
J’aperçois sur la mer…

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18 mai 2006 – Vous reconnaîtrez peut-être un dessin (lignes 13 et 25-26)

Elle monte une à une les marches de la tour ; à chaque étage une fenêtre qui délivre une lumière diffuse. Elle ne regarde pas les fenêtres; elle sait. Elle monte, et si quelqu’un la voyait monter, il penserait sans doute qu’elle monte sans effort. C’est faux. Aujourd’hui tout est lourd à porter, mais elle monte en silence, songeuse et rapide pourtant. Quand elle arrive là-haut, elle semble hésiter ; le vent s’engouffre dans la tour. Elle ne frissonne pas. Elle arrive d’un coup en pleine lumière, et ses yeux se plissent brièvement. Elle est sur la terrasse, à cinq ou six coudées du sommet, où l’air est pur et frais, et la vue remarquable. Elle le sait. Elle ne pense même pas à la vue. La terrasse est large, encadrée par une rambarde de marbre froid. Elle marche tout droit. Au milieu de la terrasse, il n’y a pas de garde-fou, mais une avancée, très longue, comme un chemin surplombant le ravin, lisse et étroit. Elle avance, lentement mais d’un pas sûr, sans regarder ni derrière elle ni à ses pieds, comme si elle avait répété mille fois ces gestes que personne ne l’a jamais vue accomplir. Arrivée au bout, juste au-dessus du torrent, à sept-mille pieds de haut, elle s’arrête. Ses yeux se ferment. Peut-être pense-t-elle à tout ce qu’elle a perdu, à son empire qui aujourd’hui s’est effondré ; le versant ouest de la montagne face à elle, naguère verdoyant, regorgeant de vie, de fleurs et de bêtes sauvages, est à présent ravagé, son sol souillé du sang de son peuple. Elle avait pourtant pensé pouvoir sans subir de nombreuses pertes repousser l’ennemi ridicule qui défiait son empire sylvestre. A l’aube, ses guerrières, silencieusement postées entre les branches au faîte des sapins, avaient fondu sur l’armée qui venait de franchir le col ; contre toute attente, elles avaient été submergées par le nombre des assaillants. Elles s’étaient vaillamment défendues, avaient respecté leur serment de ne pas s’envoler pour battre en retraite. Elles ont combattu jusqu’à la mort, venant chacune à bout d’une demi-douzaine de soldats avant de rendre l’âme. Elles ont défendu chaque pouce de terrain, mais l’ennemi a réussi à pénétrer dans la cité des femmes ailées. A présent toutes ont péri, entraînant tous les guerriers dans la mort. Peut-être est-ce ce à quoi elle pense tandis que le soleil s’infiltre à travers ses paupières closes. Elle sait que la soif de la terre n’est pas épanchée, qu’elle est la seule à vivre encore, que la montagne cruelle voudrait un dernier sacrifice. Elle rouvre soudain les yeux ; leur éclat défie celui du soleil. Elle se cambre, rejette la tête en arrière. Peut-être oublie-t-elle qu’elle n’a pas d’ailes, qu’elle vient d’un ailleurs inconnu des habitantes de cette cité qu’elle avait fondée il y a si longtemps ; mais bientôt cela n’aura plus d’importance. Ses pieds dépassant légèrement du bord de la passerelle de pierre, majestueuse, elle bascule lentement en avant.
Sur le versant ouest, un mourant aperçoit, dans sa dernière vision, une comète passer en plein jour, se détachant nettement sur le ciel pourtant clair. Elle file, infidèle, au-dessus de sa tête, et disparaît par-dessus la crête.
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