Voyages

19/10/2010

Soudain survint le jaune, englobant tout ;
Aux longs membres sombres le cuivre s’effeuillait,
Ne consentant plus d’ombre ; et le soleil brillait
Acrylique liquide, de partout.

Or d’entre les colonnes s’envolait
Une pluie d’éclats d’ors, qui fit comme un rideau ;
Et voilée, ma vie nue ne fut plus un fardeau
– Tout bas, déjà, l’automne s’étiolait.

Le monde s’offrait telle une couronne,
Joyeux et tournoyant tombeau de boutons d’or,
Et je m’étonnai de distinguer que la mort
Pût être aussi belle à qui lui pardonne.

Dans ce décor luisant je me coulais,
Foulant le blond tapis de feuilles gorgées d’eau
Sous la voûte ajourée où riait un rondeau ;
Mais blondeur n’eut qu’un temps, qui s’écoulait.

Immonde est l’aube murée qui grisonne,
Embrumant mon cerveau d’un linceul insonore.
La glace se tapit sous les tons que j’arbore
– Qui saura nommer ce qui m’empoisonne !

Souvent m’efforçant de rester debout
J’observe les troncs secs, sinistres et inquiets,
Et songeant que la sève, ambre en sommeil douillet
Sous l’écorce y subsiste, malgré tout.

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Actualités et politique, Non classé

10 mars 22:54

    Ce soir il faut que j’écrive. Il s’est passé tant d’événements en quelques jours, que j’ai l’impression qu’ils ont remplis dix de mes années, et pourtant ces événements pourraient être réduits à quelques mots – incapables d’exprimer l’étendue de leur importance.
    Deux morts tragiques autour de moi, et leurs conséquences. Deux morts qui sont arrivées à des personnes qui ne se sont jamais connues, deux morts arrivées à plusieurs heures d’intervalle. deux morts qui n’ont a priori rien à voir, et qui pourtant seront inextricablement liées dans ma mémoire. Parce que. On ne le dira jamais assez. Il faut dire aux gens qu’on les aime, les connaître quand il est encore temps. Parce que. La mort arrive toujours trop tôt, qu’elle tombe sur quelqu’un qui est âgé de 87 ans ou sur quelqu’un qui n’en a que 18. Parce que. Le fardeau des jamais plus est toujours trop lourd pour que nos larmes aient encore à porter tous les jamais.
    Les larmes, parlons-en. Il est des situations où on se rend compte qu’elles ont parfois coulé sans raison suffisante, et où on aimerait pourtant pouvoir les retenir quand un éclair de pudeur nous prend, sans y parvenir ; un peu plus tard, quand on n’en a plus, on aimerait qu’elles coulent encore, qu’elles nous lavent de notre peine, qu’elles nettoyent les écorchures faites par la vie à laquelle on se frotte ou qui se frotte à nous sans qu’on lui ait rien demandé.
    Alors on pleure en dedans, sur tous les souvenirs qu’on a comme sur ceux qu’on n’a pas pu avoir et qu’on ne pourra jamais se faire. On pleure sur ceux qui n’en auront jamais plus, on pleure sur le monde dans lequel il faudra continuer à vivre, un monde sans ceux qui ne sont plus, on espère – qui que l’on soit – qu’ils ont trouvé une paix, peut-être une autre vie. On pleure parce que la nôtre continue malgré tout, parce que le soleil continue à se lever, la terre à tourner autour – la réalité est stupidement cruelle quand on y pense.
    Car on pense. Beaucoup, sans doute mal, sans savoir ce que l’on cherche vraiment. On réfléchit par ce que peut-être réfléchir nous aide à ne pas penser à nous-même, à notre propre souffrance. Mais en fait, on souffre quand même, on se referme peut-être pour ne plus voir ce monde qui nous blesse; et on cependant on entrevoit, entre les larmes qui nous noient le cerveau, que quelqu’un essaye de nous aider à continuer à aimer ce monde.
    Des gens autour de soi, des gens qui ont la même peine, mais qui la portent autrement. Des gens qui sont là pour les autres – peut-être pour s’oublier eux-même. Des gens que l’on admire pour cela. Des gens qui eux sont en vie, qui vous font comprendre qu’il reste du monde à aimer, de la vie à vivre avant la mort, qui vous rappellent que d’autres vies commencent.
    Alors, peu à peu, ces personnes qui étaient vivantes – qui ne le sont plus – deviennent des souvenirs, mais des souvenirs que l’on aime, des souvenirs de gens que l’on se souvient avoir aimé. On réapprend, à vivre, à sourire à d’autres personnes.
    Profitez de votre vie, faites-en profiter les autres, dès que vous le pouvez, dès maintenant. Il n’est pas trop tôt, jamais. Vivez – parfois c’est dur.
    Je remercie tous ceux qui m’ont entourée et qui sont toujours là. Je vous aime.
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