Autres, Divertissement, Voyages

19 janvier 2013

Dans la terre gelée des sabots sont plantés

Sans presque la matière heurter qui tout enchâsse

Affleure en l’ombre blanche une empreinte bleutée

Du bout d’un doigt discret le temps mime un envol

L’étoile du ballet est la vaine clarté

Les tableaux vacillant sont de la même chasse

Immuée, à jamais, l’illustre opacité ;

Dans la terre plantée de sabots glisse un vol

– Ombles, tanches, arc-en-ciels, souvenance effrontée,

Vision inconséquente et néanmoins tenace,

Des jours avant la glace ; or au vent arrêté

Les prairies effleurées saisies par le survol

De l’astre pressenti sont nues ; une beauté

Nuageuse exhume l’étang sous la menace.

Publicités
Par défaut
Autres, Simplement

25 juin 20 h 27

Depuis quand n’ai-je pas simplement raconté « ma vie » ?

– Longtemps.

– Bon.
Hier – tenez – je suis allée (sous la pluie) au salon du livre. J’ai dépensé 30 € pour un livre qui n’a même pas été écrit par son auteure. J’ai même eu droit à une jolie dédicace. J’étais contente.

Pourquoi cette absence de culpabilité, quand j’hésite à mettre la même somme dans un pantalon en soldes ? Des 1312 pages (crie, dans une bulle rouge, la quatrième de couverture), il est fort  probable que je ne lise pas la moitié ; et puis, un pantalon neuf me serait vraiment plus indispensable. Mon armoire menace de virer à l’hospice.

Mais voilà. J’ai acheté un livre.  Ou – plutôt – : et voilà pourquoi j’ai acheté un livre. Est-ce à dire : pur esprit de contradiction qui tire langue à l’« indispensable » ?

Je crois plutôt que la possession de l’indispensable ne comble aucun besoin personnel – quoique, si le pantalon est joli, son acquisition puisse me ravir quelque temps. Nous y voilà. Ce livre, je ne le possède pas ; je peux être ravie de son empreinte physique (le pavé a une couverture agréable, et j’aime les odeurs de livres en général) dans mes mains, sous mes yeux. Mais son contenu n’est que pages et pages de papier couvertes de petits signes noirs. Ce à quoi renvoient ces signes noirs n’a de matière que dans le monde des idées, par l’évocation, monde flottant et infiniment plus large. Allons, bon ! Les pantalons sont terre-à-terre, les paroles s’envolent, les écrits restent, et l’essence des livres est bien au-dessus de tout ceci.

Par défaut
Voyages

24 février 2010

La femme désolée comme la lande grise,
Assise sous le vent, ne voit pas les étoiles;
Courbée au bord du ru, elle amène la toile
Déployée au courant d’une triste chemise.
Absorbée par l’ouvrage, elle ne parle pas;
Mais son corps douloureux oscille, un peu crispé;
Elle fredonne une très vieille mélopée
Pour ceux qui ne reviendront jamais sur leurs pas.
La femme contenue comme la lande ardente
Arpente en ses pensées d’autres lieux, elle, encore,
Qui n’a jamais vu Rome et ne croit plus l’aurore;
Mais, lasse, elle poursuit sa tâche débordante.
Et ses mains vont et viennent, ainsi que l’eau amère,
Savonnant et battant le linge et les affronts
Ainsi, le tout dernier toucher que sentiront
Ces gens sera l’empreinte des mains d’une mère.
La femme dévastée comme la lande nue
Est fluette; elle a de grands yeux de chat-huant;
Son ventre flasque est mort. Y était-ce un bruant,
ou un enfant des fées ? Sa mémoire est ténue.
Elle est morte en travail, et n’a pu l’élever;
Une nuit lui reviendra son trousseau final,
Et quitteront ensemble la lande hivernale
La mère et, dans les bras, son enfant retrouvé.
Par défaut