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SA III 6 juillet 2018

Avec vous
J’ai traversé l’été
J’ai traversé les pénibles, les rugissants et les gémissants
Avec vous j’ai bu la mer aux fontaines de l’aurore
Je me suis déroulée dans une herbe instable abondant de promesses
J’ai couru
Avec vous
Je me suis enfuie vers des gouffres plus profonds, des combes plus paisibles
J’ai failli y laisser ma raison
Pour vous
J’ai quitté mon père et ma mère
J’ai abandonné mes enfants
J’ai marché sur les confins de la terre
Sur un fil d’équilibriste
Je me suis jetée depuis des hauteurs
Vous étiez là quand j’ai ri
Vous étiez là
Au moment où le premier cri a déchiré l’abîme
Oh ! vous étiez là
Et moi
Moi stupide
Qui n’ai rien compris
Qui ne comprenais ni ne voyais rien
Moi je vous suivais mais j’avais peur
Si peur !
Et pourtant je ne connaissais pas la peur
Pourtant j’avais en moi la force de mille chameaux de somme
Dans les entrailles
Pourtant je savais souffrir
Alors que vous
Depuis le départ vous saviez
Où nous allions
Vous saviez que vous ne saviez pas
Et vous me conduisiez pourtant
Comme une bête,
Une autre bête
À travers les éboulis
Jusques au bout du monde raisonnable
Jusques à l’inconnue
La grande X
La grande ourse
Celle qui connaît tous ceux
Qui ne la connaissent pas
Voyez-vous
Nos pas dans la voie lactée
Voyez-vous le reflet de nos pas
Sur la Terre
Et les millions de galaxies
Voyez-vous au-delà
Non
Vous ne voyez pas
Vous ne connaissez que l’étrange silence
L’oppression
La constriction du cœur qu’il faut fuir
Par les vallons
Par les portes entr’ouvertes
Par les grilles à sauter
Les ruisseaux à enjamber
Dans la nuit qui approche
Où vous mène mon ombre
Qui vous précède
Avec vous
Je passerai à gué
Je traverserai les années
Comme un souffle de vent
Un chuchotis dans les branches
Ce sera rapide
Vite passé

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25 janvier 2018

Les bras tendus vers le printemps,
Je dérivais loin des passions
Et les grenouilles de l’étang
Gargouillaient de compréhension.

Mais la nuit glissait dans ma chair
Et mon cœur était un ravin
Où une à une se jetèrent
Des hyades au pleur divin.

Tous les acores de l’étang
Oscillaient comme une illusion ;
Dans leurs arômes entêtants
J’espérais la dépravation.

Les pluies nocturnes me brisèrent
Et j’attendis que la mort vînt
Mais elle rit de ma prière
Et le loriot s’en revint.

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24 novembre 2016 – Entre aimer et la mer

Entre aimer et la mer
Se prélasse un buveur
De tasses sans saveur
Mais sans lâcher l’affaire
Il divague à ses heures
Entre aimer et la mer

Des algues ce rêveur
Tisse un long tapis vert
Et le serpent de mer
Coule et se fait rumeur
Des longs cheveux d’Emer
À ses yeux de pécheur

Et trop loin de la mer
Et de l’aimée l’aimeur
Oubliant leur flaveur
A glissé dans l’amer
Et cherche en vain son cœur
Entre aimer et la mer

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2 janvier 2015 – Le froid pourtant

Les longues ombres des jours
Qui poudrent les orties des fossés
Et des flaques de boue font
Des tapis de Turquie
Des tapis de lumière
Glacent la pluie sur les murets
Dans les émaux de gros vases
Transissent les extrémités
Et pourtant ne mettent pas
Le moindre flocon
En mon cœur

Il faut craindre le froid pourtant
Car le risque court de s’en faire accroire
De se voir en confidences avec la nature
Quand tous ses verts
Réminiscences d’âges tendres
S’ouvrent de toutes parts
Quand il y a des asiles
Pour la fatigue et le doute
Le risque court
De s’habituer aux coïncidences

Telles que

Partout où habite une amie
Il y a un feu
À attiser

La voix des amis
Aux basses berçantes
N’a pas besoin d’être sensée

Maison, chats et jardins follets
Sont précieux
Et relatifs au bonheur

L’œuvre d’un artisan
Est un motif légitime
D’avoir le sein brûlant de larmes

On peut marcher, ou courir, ou s’embrasser
Ou faire tout le contraire
Quand les lèvres sont trop froides pour la parole

Il pousse des arbres, il fera bon
On peut s’asseoir, on peut lire
On peut bien vivre

Le monde n’est pas dépourvu d’enfant
Ni de campagne : il suffit de les trouver
Qui ne s’éteindront jamais

Et ainsi de suite

On pourrait
Comme d’autres, en enfance,
Retomber en amitié
On pourrait prendre confiance
Et, marchant dans un soir de janvier,
Lever les yeux vers les coups de peigne légers
Les rayures dans le bleu du ciel
Avec une joie qui ne parle pas d’elle-même
Et le désir de rendre grâce
Sans même celui de croire

Les douces cendres des jours
Qui blanchissent les ciels sur les prés
Et des étincelles font
Vapeurs de whisky
Et de cédrière
Laissent dégeler les marais
Autour des murs grisés de jazz
Cuisent les yeux déshydratés
Et pourtant n’étouffent pas
L’infime tison
De mon cœur

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Musique, Voyages

29 janvier 2014 – Aria marine

 

(Récitatif)

Dans l’air un dernier frisson
Dans ses yeux
Le reflet de l’astre
S’éteint
Voici
Voici la mer qui vient
Ses vieux
Bras comme des pilastres
Roulant vers sa moisson
Chancie.

 

(Air)

Immensité phosphorescente
À l’horizon encore mouillé
De rouges courbes maquillé,
Elle s’apprête, calme et lente ;

En face, une main dans le sable
Crispée comme sur un trésor,
Assis, le dos droit contre l’or
Du roc, l’homme attend l’ineffable ; 

De curieuses vapeurs d’étoile
Floutant l’angle de son regard
Échouent à dévier le dard
De son œil plongé dans la toile ;

L’homme contemple la beauté
Du soir sien qui répand, vainqueur,
Le nectar versé de son cœur
Peignant au doigt le ciel d’été.

L’immensité se fait tremblante ;
L’ombre dans son dos s’est brouillée ;
L’éclat du granite a rouillé ;
Sonne l’heure phosphorescente !

La sarabande des étoiles
Foule à présent ses yeux hagards
Qu’un baiser rougit de ses fards ;
L’homme a un sourire, qui se voile.

Empli du désir périssable,
Vif et bref, d’embrasser encore,
Son œil s’embrase et il adore
Plus loin que l’eau infranchissable ;

Pour toujours la nuit est montée,
Lavant la main de sang souillée
Dans la mer, temple agenouillé,
Phosphorescente immensité.

 

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