Autres, Voyages

20 janvier 2014

 

La mer et la cathédrale ; la cathédrale
Et la mer se toisent, l’une à l’autre semblant,
De l’immensité fleurant l’algue et le goéland
À la clarté dense tout ombres ogivales,

S’adresser, par un ciel secoué de rafales
Sur le roc pâle qui, pour chacune brûlant,
Les sépare, les lie, et qui trône, tremblant,
De l’une l’ornement, de l’autre le sépale ;

Elles ont des discours pleins de perplexité :
– Ah ! dit l’une, je tue ceux qui t’ont élevée
Puis d’autres dans ton ventre chantent pour leur plaire !

– Ils me soûlent de parfums sur toi transportés !
Or sans fin mugissent et pleurent la mer et
La cathédrale, la cathédrale et la mer.

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25 décembre 2013 – Ce désir-là

Parfois ce désir-là s’atténue –
Marchant dans le gris,
Qu’importe l’éphémère mort
Des arbres et celle,
Parfaite, des fougères
(Le rouge corps
Affaissé dans le fossé
Roux),
Ou encore
Le
Silence après
L’averse de grêle ;
Oui, qu’importe
À l’ombre humaine
Promenant sa tristesse
Au bord de l’eau
– Sans que s’y assît
Prudhomme
Ni aucune fleur de vase –
Alors que le ciel bleu prochain
(Promesse de la nuit
Qui emplit la mer peu à peu
De profondes sirènes)
Transparaît enfin
À travers la brume plus frêle
De ce mauvais désir encore là ?

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11 décembre 2010

Des paroles sont hypocrites, qui singent l’humanité et l’amour avec plus de véracité que l’amour vrai.
Je regarde par la fenêtre et mes yeux tombent sur le parking désert ;
Un chien noir allonge sa silhouette sur la neige blanche, se pointille un chemin argentique.
J’ai froid et il est vain de me parler en ces moments où mon esprit s’est glissé derrière mes yeux.
Le bonheur immense de lire est encore perdu, puis retrouvé.
Les tambours invisibles ne m’ont pas encore troublée, faisant resurgir mon intime fureur.
Un soir va s’immiscer.
Je marcherai seule dans la nuit et dans la boue, sous une pluie noire ;
Les arbres, barreaux protecteurs, me cèleront, isolant chaque endroit, chaque instant en lui réservant sa singularité.
J’entreverrai des bizarreries et une famille de corneilles veillant sur mes pas – avec gravité – du haut d’une fourche noire déplumée.
Mon cœur plein de son vide sera disponible au repos de tous les esprits silencieux.
Je créerai un autre espace, à force de ne plus voir celui-ci.
Je retrouverai les lueurs et le bruit, et je retournerai vers l’ombre et tous ses silences humides.
Les chemins que je devinerai seront bosselés et minces comme la roue des vélos qui les ont dû ouvrir.
Il n’y a pas dans l’univers que je peux pressentir de sens aux mots tels que peur, lassitude, angoisse.
J’y avancerai, émerveillement sans limite et sans partage ; ma solitude est l’inverse de la solitude.
Mon itinéraire est une boucle où tout sera nouveau sans m’être étranger.
L’eau, au milieu, est sans parole et ne me ment donc pas.
Je ne lui parlerai pas non plus. Je rentrerai, longée par les arbres, et j’aurai encore changé – Je suis comme le ciel ou comme l’eau salés.
Il n’y aura pas de désir autre que celui, tranquille, qui mène sur la vie.
Je ne connaîtrai pas encore Nick Drake.
Je m’allongerai, dans ma nuit qui était vide de couleurs et vide de moi. Il fera bon et plein.

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18 juillet 2010


De nuit éparpillée naît l’aube lentement,
Barbouillée de nuée ; les gens qu’elle réveille
Œuvrent à balayer des excès de la veille
La ville ensommeillée, silencieusement.

Les femmes impassibles aux cheveux de sinople,
Allongées dans leur rêve au fond de la rivière,
En songe voient passer sur leurs yeux de lumière
Déchets qui rouleront jusqu’à Constantinople.

L’épais trottoir sans âge, de mauvaise humeur,
Fait le dos rond aux mouettes qui entr’ouvrent l’aile,
Blanches sur le pavage aux lignes poivre et sel,
Grises dessous le ciel qui déploie ses couleurs.

C’est dans une eau plus trouble, au jour adolescent,
Que jouent à cache-cache des poissons de fer,
Miroirs doubles tranchant l’onde – l’un, ventre à l’air,
Gît dans un flot d’ordure, où le soleil descend.
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21 décembre 2009

Depuis le Kilimandjaro bat un tambour;
L’écho vient étouffé, pourtant j’entends férir
Des coups lents qui dans le vide vont pour meurtrir;
Le mois est sans semis, la saison sans labour.
Le ciel est étendu, mystère universel;
D’une blancheur sans âge j’attends le chant lourd
Et le déchant qui nous gèlera bien un jour;
La terre a entendu l’interminable appel.
Peut-il renaître encor, l’Amour-roi, Roi martyr,
Pour offrir l’absolu à notre vie charnelle?
Car bientôt descendront les neiges éternelles
Pour tout parfaire enfin, et tout ensevelir.
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