Autres, Musique, Voyages

9 mars 2012

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Ce soir les années ont passé

Il faisait beau dans le miroir

Qui doit être au fond d’un tiroir

Si j’avais su j’aurais dansé

Quand les rideaux étaient tirés

J’aurais branché le tournedisque

Mis vingt centimètres de risque

Sur ma nuque un ruban doré

Et avec Strauß ou bien Händel

Jacques Brel ou Boris Vian

Visage clos et souriant

Inventé un autre rondel ;

J’aurais déposé ma vieillesse

Moi, qui crevais de tant d’antans,

Encor bien loin de mes vingt ans

J’aurais feint la délicatesse

Flottante d’un ruban doré

Me serais rêvée odalisque

Lointaine comme un obélisque

Ou reine folle et adorée

Exhortée par des chants de liesse

Pour moi tous ces tambours battant

Et mes membres les écoutant

Obombrant le soir d’allégresse

Si je l’avais su éternel

J’en aurais fait un soir brillant

D’ombres chinoises, dépliant

Mendelssohn et Carlos Gardel

Déjà les vingt ans trépassés

Mon œil est toujours aussi noir

C’est ce qu’en dirait le miroir

Si sa glace n’avait cassé.

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Non classé, Santé et bien-être

21 novembre 2010

Novembre ; je suis en exil. Novembre est-il partout le même ? Je le crains, oh ! oui, je le reconnais bien, il me délivre ici la même hypocrisie, mensonge latin d’une gestation qui arrive à son terme… onzième mois. L’enfant est-il né – quel enfant ? Je le crois, septembre m’offrit le voyage et la bohème, et la nouveauté à l’envi. Il y avait cette foule d’arbres, et les lumières sur le fleuve, dont je pensais pouvoir subsister… l’automne vint.  D’arbres il reste ces silhouettes décharnées – quelques copeaux rouges sang s’y balancent encore tristement – trop disséminées, on voit au travers. Et toute cette eau, prétendument sauvage, toujours je la vois – trop fade bien que jamais la même – couler dans le même sens, toujours, et je m’y jetterais bien pour retrouver l’immensité salée vers laquelle elle fuit sans relâche. Novembre, je te connais bien, ta noirceur terrible, je la supporte dans le souffle de la multitude des cadavres de feuilles qui tourbillonnent, dans la force des essences décennaires qui ont essuyé d’autres tempêtes et que je vais voir debout année après année, dans la familiarité des chemins inconnus qui partagent pourtant ce même passé péninsulaire ; je l’accepte dans l’odeur de goémon des vieilles criques, dans la splendeur des orages qui remuent la majesté de liquides démesures, dans le mugissement des vents – mot euphémique – qui recèle des rires salés d’amphibiennes, des cavalcades d’esprits cornus, des chants et déchants tintinnabulants d’enfants de la nuit. Mais ici ? De nuit comme de jour elle suinte dans l’obscure inhospitalité d’un environnement indéchiffrable ; tu la laisses dégoutter dans le vide de mon entendement, sans qu’aucun vent ne la balaye ni qu’aucune pluie ne la lave, et elle se répand sur les derniers miroitements chaleureux, assombrissant tout de ce qui m’est déjà étranger. Novembre : l’antique épreuve prend un visage déconcertant. Comment traverser ce mois de ténèbres, et ses rets aveugles qui m’enserrent ; oh, noire mélancolie, faut-il que tu t’imprègnes de nostalgie ? J’erre entre mes murs, car je crains maintenant la morsure d’un froid purulent. Miel et épices sont à peine assez pour mon corps ; comment nourrir mon âme ? J’ai bien tenté, en arpentant les rues et les chemins mal aplanis, en visitant l’ancienne forteresse et l’histoire de ces lieux, de trouver la lumière intérieure de cette région au charme énigmatique. Seules me répondent des angoisses anciennes. Mes yeux fermés voient des forêts aux odeurs de sous-bois puissantes, craquetant de branches et de pas étouffés, et des vagues immenses portant avec fracas la violence pure et souple crêtée d’une écume chuchotante, lames de sel toujours plus grandes, jusqu’à la déferlante. Mes yeux ouverts, remplis d’absences, souffrent de tendresses enfouies pour des gens et des lieux qui ne sont plus à ma vie. Affreux novembre, affreux, cette terre trop lointaine altère tes ruses et les fait insondables. Ailleurs, le mois est noir, autour de mes paupières recloses.

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Voyages

16 juillet 2006

Sur la mer un bateau
Un bateau tout léger
tout léger comme plume
Comme plume emportée
Emportée par le vent
Par le vent qui me dit
Qui me dit Je ne suis
Je ne suis que le vent
Que le vent de l’été
De l’été, si j’en veux
Si j’en veux accrocher
Accrocher aux fenêtres
Assoupies et glacées
De mon palais d’hiver
Mais, dis-je, je sais bien
Que tu n’es pas le vent
Tu n’es que le temps qui
Me propose, cruel,
Un bel été si plein
De soleil et de mer
De danses et de baignades
De chants et de marées
De rires insouciants
Comme de cris de mouettes
Que tu veux que j’oublie
Qu’il doit finir un jour
Que tu viendras vite
Reprendre ton été
Oui, je sais tout cela
Mais je ne te vois plus
Et je ne t’entends pas
Tiens, au fait, qui es-tu ?
Je n’entends que le chant
Que le chant doux des vagues
Doux des vagues, Si doux que
Si doux que quelque chose
Quelque chose m’échappe
M’échappe pour filer
Pour filer doucement
Doucement dans le sable
Dans le sable allongée,
Allongée, j’aperçois
J’aperçois sur la mer…

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