Voyages

13 mars

Sous des ponts étoilés, des traînards à tâtons
Partent à la recherche du juste équilibre
Et de la bonne hauteur, jusqu’à ce qu’enfin vibre
Autour d’eux l’air du soir, sous des ciels de béton.
Du socle bien réglé naît l’échelle des tons
Que façonnent leurs lèvres: vit ainsi l’art, libre
Par eux – sans doute ont-ils en eux la même fibre;
Ce sont cordes à notre arc alors que nous chantons.
Si la voix peut, multiple, grimper, aussi leste,
Si ce plaisir sans âge est le même, et qu’il reste,
Lors on peut bien fausser la roue de la fortune;
Puisqu’il n’était pas décrit de cadre céleste,
Puisque n’y bruissait aucune harmonie terrestre
C’est qu’on peut, et rêver, et embrasser la lune!
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26 août 2009

Parfum

-ci, parfum-là,

tendre parfum, amer,

Si brillant et si clair, parfum sombre en dedans,

Splendeur lisse, long parfum creux comme la mer

Enlaçant la nuque, parfum, plante tes dents.

Gracieux parfum, terrible,

ô Parfum, ô

parfait, Embrassant tout, parfum, envahisseur sommaire,

Généreux à foison, parfum au prompt méfait,

Tes floues promesses, parfum, ne sont que chimères.

Une odeur, un instant ; parfum, tu en peux quatre…

Tu bruis de flamboyance tue, parfum-hiver, Tu contes des arômes

à des peaux statuaires ; Parfum-jour-et-sommeil, puis

couleur-devant-l’âtre ; Parfum, peau d’âne et soie, du

soi rêvé faussaire ; Parfum : nid, fard, idole ;

perfide parfum… d’air.

 

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18 mars 2009

Vert tendre ou d’un blanc frais, du rose un peu mièvre
Au jaune flamboyant, en taches de couleur
Jetées là par un fou qu’illumina la fièvre,
En amas, en parterres, ainsi claquent les fleurs.
Le spectacle est troublant, qui toujours recommence ;
Aux branches sèches et nues, et aigries par l’hiver
Ont surgi les parures impressionnistes et claires ;
L’œil du passant les suit, en manquant l’immanence.
Étourdissants parfums, ensorcelants appels,
Les jardins du château poussent un profond soupir ;
L’air étant bientôt gorgé d’un calme délire.
Accouplements aveugles, étreintes silencieuses,
Le vent libérateur valse entre les pétales
Comme est venu le temps des amours végétales.
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4 février 2009

 
Le soleil est intense; quelques flocons épars
Qui chutent calmement m’en renvoient des paillettes
Et je ferme les yeux, et la clarté muette
Pose, sous mes paupières, des taches léopard.
 
La lumière est franche et l’air est éclatant ;
Sous un ciel gracieux j’ai étendu le cou,
Héliotrope ; je me moque du contrecoup,
Je dore et n’attends rien d’un monde miroitant.
 
 
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5 janvier 2009

 
Quand le monde dévide trop d’interminables abîmes
Qui étirent tristement l’ombre portée d’une vie
Jonchée de ces minutes que l’aiguille seule imprime,
Quelques rondes infinies passant pour des décennies ;
 
Comme l’aube maladive attend toujours le soleil,
Et qu’un vague souvenir étend l’ancien crépuscule
De l’âme à l’oeil, cependant que gît la nuit sans sommeil
Couleurs tues y pullulant, pensées jouxtant la virgule ;
 
Alors qu’on sait détraquée la subtile mécanique,
Que le plus pur enthousiasme a heurté l’air ricanant,
Que seul soutient l’édifice l’enfant en soi qui panique
Devant sa vie morcelée, froid puzzle aux bouts tranchants ;
 
Si chaque pas résonne dans le vide assourdissant
De gens qui n’existent pas, des rêves qui ont cessé,
Au bord muré des fenêtres élancés et trépassant,
Que le calme est apparent mais le mouvement forcé ;
 
Restent ma vie que j’ai prise et qu’il faut que je rédime
En rendant ce qu’on m’offrit, il est temps, je le redis ;
Mon petit cœur qui palpite, insolent qui me réveille
En refusant d’abdiquer, et toujours la nuit recule.
 
Restent ces instants fleuris, à mon chapeau je les pique ;
Chaque rose a des épines ; tout destin a son piquant ;
Il fut des sourires fortuits ; je n’aurais pu m’en passer
Et à vous – qui l’ignoriez – je dis merci en passant.
 
 
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