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SA 6 juillet 2018

Avec vous
J’ai traversé l’été
J’ai traversé les pénibles, les rugissants et les gémissants
Avec vous j’ai bu la mer aux fontaines de l’aurore
Je me suis déroulée dans une herbe instable abondant de promesses
J’ai couru
Avec vous
Je me suis enfuie vers des gouffres plus profonds, des combes plus paisibles
J’ai failli y laisser ma raison
Pour vous
J’ai quitté mon père et ma mère
J’ai abandonné mes enfants
J’ai marché sur les confins de la terre
Sur un fil d’équilibriste
Je me suis jetée depuis des hauteurs
Vous étiez là quand j’ai ri
Vous étiez là
Au moment où le premier cri a déchiré l’abîme
Oh ! vous étiez là
Et moi
Moi stupide
Qui n’ai rien compris
Qui ne comprenais ni ne voyais rien
Moi je vous suivais mais j’avais peur
Si peur !
Et pourtant je ne connaissais pas la peur
Pourtant j’avais en moi la force de mille chameaux de somme
Dans les entrailles
Pourtant je savais souffrir
Alors que vous
Depuis le départ vous saviez
Où nous allions
Vous saviez que vous ne saviez pas
Et vous me conduisiez pourtant
Comme une bête,
Une autre bête
À travers les éboulis
Jusques au bout du monde raisonnable
Jusques à l’inconnue
La grande X
La grande ourse
Celle qui connaît tous ceux
Qui ne la connaissent pas
Voyez-vous
Nos pas dans la voie lactée
Voyez-vous le reflet de nos pas
Sur la Terre
Et les millions de galaxies
Voyez-vous au-delà
Non
Vous ne voyez pas
Vous ne connaissez que l’étrange silence
L’oppression
La constriction du cœur qu’il faut fuir
Par les vallons
Par les portes entr’ouvertes
Par les grilles à sauter
Les ruisseaux à enjamber
Dans la nuit qui approche
Où vous mène mon ombre
Qui vous précède
Avec vous
Je passerai à gué
Je traverserai les années
Comme un souffle de vent
Un chuchotis dans les branches
Ce sera rapide
Vite passé

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26 janvier 2018 – Venir, entendre, oser

Venir, entendre, oser
Pousser la porte ouverte
À la vue inexperte,
Sentir, attendre, oiser ;

S’offrir, s’éprendre, haler
Les tendres déchéances
Et les caps, et les anses,
Chérir, apprendre, houler ;

Mourir de retrouver
Une pièce déserte
Aux vitres découvertes,
Courir, se réprouver ;

Vomir et injurier
La peine et l’inconscience,
Au bout de la violence
Gémir, s’apitoyer ;

Bondir, s’estomaquer,
Croire encore à sa perte
Puis chavirer, inerte,
Rugir… ré-embarquer ;

S’ouvrir, s’effaroucher,
Redouter les absences,
Vouer toutes ses danses,
Sourire, se fâcher ;

Se défier, fuir, toiser,
Manier la langue verte,
Mais sans donner l’alerte
Se faire apprivoiser ;

Imboire, étreindre, humer,
Déposer ses croyances,
Se comprendre en silence,
Pouvoir enfin aimer.

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