Actualités et politique, Non classé, Simplement

Est-ce moi qui prends le crayon, ou plutôt le crayon qui me prend ? Les sujets à aborder absolument abondent et s’entassent nonchalants dans la pénombre – que j’imagine, moite et surchauffée – de mes circuits neuronaux où ils circulent sans issue attendant, qui rêveusement, qui urgemment, qui agonisant, la délivrance, l’irrationnelle délivrance. Car il semble que ce n’est jamais au moment où il m’apparaît clairement nécessaire de traduire une impression en mots, une pensée en discours que ma parole doit (la polysémie est voulue) voir le jour. Il n’y a pas encore de vie autonome, ce n’est là tout au plus que l’embryon du texte à écrire ou du futur avorton. En tel autre moment, le désir de parole est si pressant qu’il se nourrirait, me semble-t-il, de son propre principe si je n’y faisais entrer les fruits de mes sens (qui sont bien plus de sept) et mes préoccupations.

Comment naît-il ? Je l’ignore. Le surpeuplement intérieur en serait une explication pertinente, que je rejette pourtant : ma flore cérébrale vit et meurt d’elle-même, sait s’atomiser et se recomposer sans destination si je n’accorde pas plus de poids à certains éléments, suffisamment pour les figer dans leur forme d’un instant – le temps de les contempler – et d’en griffonner les contours. Il arrive en revanche que ce soit mue, ou le croyant, par une idée nouvelle que je me trouve inopinément saisie du vieux matériau, celui-là même qui avait disparu, enfoui sous un monceau d’obsessions plus récentes. A contrario, cette substance déjà sédimentée, lorsque je l’extrais et la force dans la pointe d’un crayon ou l’encre électronique d’un processeur, devient subitement protéiforme, se prêtant par d’obscures lois physiques aux plus inattendus moirés et changements d’état. On jugera donc que, nonobstant tout plan souverain et sans chercher à m’abstraire d’un caprice volage d’origine inconnue, écrire m’est un engrenage sans aucune difficulté intrinsèque et que, par ironie, je n’y entends rien au moindre ressort.

(mardi 20 octobre 2015)

Publicités
Par défaut

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s