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Mai 2015

Dans quel métro était-ce ? Ce devait être aux aurores samedi matin, passé Saint-Lazare, le lépreux béni, avant le jardin grisaillant, rectangle désolé de la rue du Commerce – et cadenassé de surcroît – qui me servirait de point de repère en attendant l’aube qui tirerait à moi les relents de jeunesse bretonne riante et désespérée. Alcoolisée. Évaporée. Pour l’heure j’attendais, trop de pieds sous la terre pour vouloir en connaître le nombre exact, que le serpent des profondeurs voulût bien me recracher à mon étape. Dédaignant les quelques places restant inoccupées pour cause d’heure matinale, je respirais à l’altitude de mon visage un air fort heureusement tout aussi inoccupé. La population souterraine était aussi immobile et tendue qu’à l’accoutumée, quoique moins irritée peut-être par la concentration et la proximité insensées auxquelles elle se soumet aux heures de pointe. J’avais le loisir de la détailler sans qu’elle semblât s’en soucier. Plus que les dehors hétéroclites, que des circonstances secrètes rassemblent parfois en des tableaux dont l’harmonie, rare, saisit l’œil, ce fut la conversation de mes voisins qui m’occupa ce jour-là. Derrière moi, sur l’un des strapontins de gauche, un petit homme au visage fin dont les cheveux clairs avaient entrepris de déserter discrètement l’arrière du crâne – j’eus alors l’occasion de l’apercevoir plus longtemps quand, la rame s’étant peu à peu remplie, il sortit quelques secondes afin de laisser sortir d’autres transitants – l’avant-bras appuyé sur les genoux, parlait russe au travers d’un téléphone à clapet, autant dire une relique en cette ère ou la seule cire qui colle aux tablettes est celle des doigts sales. Du côté opposé, un jeune homme, le bassin renversé au bout de son siège et le dos voûté, s’adressait à son mobile en arabe. De ces deux langues dont je ne connais que les quelques mots et sonorités nécessaires à les identifier sans atteindre à la moindre révélation de sens naissait un ballet musical tremblotant qui me transporta à travers le sous-sol comme sur un futon sommaire et confortable.

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