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22 octobre 2013

Le sol, les vitres, les cartons humides, défoncés, non vidés de leurs livres non lus ni rangés en six ans sont constellés de chiures de mouches et même de pigeons. Le carrelage inégal, vaguement bordeaux, n’a pas du voir une serpillère de la dernière décennie au moins. L’air déjà vicié où les oxydes d’azotes et de carbone s’en donnent à cœur joie est rendu plus malsain encore par la dispersion toute fraîche de C21H20Cl2O3, de C19H34O3, de CH3 et de CO2CH3. L’élément humide, à peine intranquillisé par sa soudaine et complète annexion à son homologue extérieur, semble le toiser sinistrement, sans vouloir s’en mêler, lourd de morgue et d’éternuements morts-nés. La machine y turbine à puissance maximale, excitant les molécules qu’elle piège avec une lamentation interminable. C’est qu’elle a de l’ouvrage ! Des cocons grisâtres béent, obscènes et bizarres grottes de gloires filamenteuses, aux interstices des fenêtres ; des haillons arachnéens, gigantesques, chantournent les poutres, embrument les baies et zigzaguent sur tout plan ; il semble qu’elle doive lutter contre la poussière des siècles et celle-ci résiste obstinément, dardant ses oriflammes de toile solide avec hostilité face au tuyau nu de plastique gris qui râle. Dans ce caveau gluant vomi hors de terre où par centaines et centaines gisent, s’entassent, collent, pendent, roulent, se balancent, s’exposent, se dissimulent les dépouilles minuscules et moins minuscules, arborant divers degrés d’ancienneté et de décomposition et diverses tonalités terreuses jusqu’au bleu terni d’une vieille aile de mouche qui clapote, d’espèces végétales et animales, la vie est devenue difficile, tenace, acariâtre. S’étant joué des volatils poisons puants et potentiellement félinicides, ici et là cela vibre encore, se cabre, se défile ; avalées par l’impitoyable trou noir, sitôt débusquées, les bestioles au suffixe parfois immérité : une araigne vive et vaste comme un hamster ne doit son anéantissement qu’à son statut d’invertébrée, incriminé par le macabre craquement de sa disparition. Inégal mais exténuant, le combat fait rage une heure durant, au bout de laquelle l’offensive a rendu palpable le thorax sans poumon d’une véranda.

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